Épisode 1

— Sandra, tu sais qu’un jour, ton mauvais caractère causera ta perte ?
Cette phrase de ma mère, je l’ai entendue des centaines, des milliers de fois, depuis que je suis en âge de piquer des colères pour une raison ou une autre. Elle a une façon bien à elle de la prononcer, un sourcil levé, d’un ton à la fois irrité et moqueur. Il m’a fallu des années pour reconnaitre la formidable efficacité de cette stratégie : la raillerie que je décèle dans sa voix détourne aussitôt ma rage de son objet initial, pour se retourner contre elle. Cela m’a évité bien des problèmes au fil du temps. Pendant que je suis occupée à vitupérer intérieurement contre maman, j’oublie de m’attirer des ennuis.
J’aimerais bien l’avoir à mes côtés, là, tout de suite. Je pourrais lui expliquer que ma nature emportée n’est pas responsable de ma situation actuelle. Au contraire, je me suis efforcée de rester calme et polie, de ne pas exploser, de garder un ton mesuré. Pour ce que ça m’a servi ! Si j’avais giflé le shérif Perkins dès le début de notre conversation, les choses auraient tourné différemment. Maman est l’unique personne de ma connaissance capable d’apprécier cette savoureuse ironie. Si je ne m’étais pas évertuée à lutter contre mon tempérament, je ne serais pas en train de cheminer sur une route poussiéreuse du Texas, menottée à un zombie.
Ce matin, je n’étais même pas censée me trouver sur le ranch, c’était mon jour de repos. J’avais prévu une virée shopping en ville, pour renouveler un peu ma garde-robe. Non pas que j’en aie réellement besoin. Non, j’avais juste envie de me faire plaisir. L’inconvénient majeur de mon boulot, c’est qu’on prend vite l’habitude de se balader en vieux jeans usés et teeshirts délavés. Je mets un point d’honneur à me doucher et à me changer chaque soir, pour ne pas oublier que je suis humaine. Je me savonne et me shampouine soigneusement, jusqu’à disparition complète de l’odeur de vache. J’enfile ensuite des robes soyeuses ou des pantalons chics, assortis à des chemisiers immaculés. Les jours où mes pieds ne me font pas trop souffrir, je m’enhardis à porter des talons hauts.
À mon arrivée dans la salle à manger familiale, les réactions ne varient jamais. Papa m’adresse un sourire appréciateur, maman m’envoie un baiser du bout des doigts. Mes frères, eux, eh bien, mes frères ne manquent jamais une occasion de me taquiner.
— Hé, Sandra, tu te crois à Hollywood ?
— Les gars, vous avez vu ? La soeurette se prend pour une vraie fille !
— M’man, la gamine t’a piqué tes fringues.
Voilà ce que c’est d’être la benjamine d’une fratrie de six, et la seule du beau sexe.
Quand maman considère que les plaisanteries ont assez duré, elle claque des doigts, et ils se taisent tous. Ils tendent les paumes pour qu’elle les inspecte. Mes frangins se donnent rarement la peine de se nettoyer à la fin d’une journée de travail. Ils se contentent d’un débarbouillage rapide, s’éclaboussant le visage et se lissant les cheveux de la paume, ce qui leur confère une allure de collégiens sages. En revanche, ils se lavent les mains avec soin, se brossent les ongles avec le savon parfumé à la violette qui a bercé notre enfance à tous. Ils se récurent jusqu’à ce qu’aucune trace suspecte ne subsiste. Robbie, l’ainé, vient de fêter ses trente-trois ans, il est deux fois papa. Mais il baisse la tête d’un air penaud si maman discerne un reste de crasse oublié, et retourne à la salle de bains, docile, sous les quolibets de l’assemblée. Voilà le genre d’autorité que possède ma mère. Tania, l’épouse de Robbie, rit sous cape chaque fois que cela se produit et adresse un clin d’oeil complice à maman. Nous disposons tous de logements individuels dans les diverses extensions du bâtiment principal, mais jamais il ne nous viendrait à l’idée de nous défiler : le diner, c’est tous ensemble, sous le regard vigilant de la chef de tribu.
Officiellement, c’est mon père qui dirige le ranch, lui qui signe les papiers et rencontre les nouveaux clients. En réalité, c’est maman la big boss. Depuis presque quarante ans, elle orchestre les journées des dix-mille têtes de bétail et des quatre-vingts employés, naviguant avec élégance entre les obstacles et réglant les problèmes en moins de deux. Personne n’est dupe, tout le monde sait bien qui régente tout, mais, dans un milieu encore hautement macho, tant que l’honneur est sauf, on s’en accommode. Les manoeuvres viennent exposer leurs doléances à papa avec respect et finissent invariablement en lui lançant :
— Vous bilez pas, patron, votre temps est compté, on va en parler à m’dame Cochrane.
Et ils filent voir ma mère, conscients que c’est elle qui règlera leur question. Quoi qu’elle décide, ils s’y plieront sans moufter. Tout ce qui sort de sa bouche est parole d’évangile. Si papa quittait le ranch plusieurs mois, il continuerait à tourner, imperturbable. Quand maman a été opérée de la vésicule biliaire, ses trois jours d’hospitalisation ont suffi pour que la pagaille s’empare de l’exploitation. Tout le monde courait partout, comme des poulets sans tête, et tout allait de travers.
Aussi, quand elle a débarqué dans mon appartement ce matin, avec un regard réprobateur vers ma jolie robe à fleurs et mes ballerines, j’ai tout de suite deviné que ma séance de lèche-vitrines se trouvait compromise, sans songer à protester.
— Tom va lancer la pompe. Tes frères sont tous occupés. Tu y vas.
Comme ça, sans fioritures ni paroles inutiles. Elle sait que je ne vais pas argumenter. Je pique des colères contre mes frangins, mon père, mes amis, le monde entier. Jamais contre maman, je ne suis pas stupide. J’ai grandi.
J’ai donc ôté mes jolis vêtements, enfilé à la place une salopette, un teeshirt à manches longues, et j’ai glissé mes pieds nus dans mes santiags éculées. À ce moment-là, je ne pensais pas en avoir pour plus d’une heure, donc je ne me suis pas donné la peine d’ajouter des chaussettes.
Alors que le soleil commence à décliner derrière moi, je le regrette avec force. Toute une journée de marche dans ces conditions est venue à bout de la peau tendre de mes talons. Sans avoir regardé, je subodore que les ampoules qui me font souffrir depuis plusieurs heures ont éclaté. Je sens le sang couler jusqu’à mes orteils, rendant ma progression plus compliquée. Une douleur sourde, lancinante, cogne dans mes pieds à chaque pas, je me retiens de hurler, pour ne pas énerver le zombie.
Je me revois attrapant ma veste de cuir sur la patère. En cette fin mars, les matinées peuvent s’avérer encore fraiches. Maman n’a pas eu besoin de préciser, je savais où trouver Tom : presque à la limite du ranch, près de la fosse à purin. Tom, c’est l’anomalie de notre fratrie, celui qui surprend tous les gens qui le rencontrent. Il fait tache au milieu de mes quatre autres grands gaillards de frangins. Eux ont hérité de la constitution solide et de la lourde ossature de notre père. Tom est doté du même squelette d’oisillon que maman. Il n’a hélas pas sa santé de fer. Il a deux ans de plus que moi, mais je l’ai toujours considéré comme mon petit frère. Il est minuscule, son teint reste pâle, y compris au plus fort de l’été, ses yeux sont d’un bleu délavé presque transparent. Je mesure bien vingt centimètres de plus que lui, alors qu’avec mon mètre soixante-quinze, je fais figure de naine dans cette famille de géants.
Depuis sa naissance, nous le protégeons, il est soumis à une surveillance discrète, mais attentive, de notre part à tous. Tom est venu au monde avec une insuffisance cardiaque qui le rend sans cesse souffreteux, sans cesse fatigué. Lorsque son coeur se met à dérailler, ses lèvres bleuissent et ses narines se pincent, tandis qu’il cherche désespérément à inspirer le plus d’air possible. Le problème, c’est qu’il ne s’en rend pas compte et pourrait glisser insidieusement dans un coma, voire mourir, si ses pilules ne lui sont pas administrées au plus vite. Dans toutes les poches de nos vestes, dans nos sacs, sur le guéridon de l’entrée, dans nos voitures, nous sommes assurés de trouver ses médicaments. C’est devenu un geste machinal avant d’aller où que ce soit : vérifier qu’un flacon traine à portée de main. Nous avons failli le perdre tant de fois…
Mais il ne se comporte pas en invalide grincheux et casanier pour autant. Loin de là ! C’est d’ailleurs une partie du problème. Tom est passionné par le ranch d’une part, et par la science et la technologie d’autre part. Dépourvu de l’endurance requise pour jouer au cowboy comme les autres et fermement décidé à mettre à profit ses connaissances encyclopédiques pour le bien commun, il invente sans cesse de nouveaux gadgets, de nouvelles machines, destinées à améliorer l’ordinaire et à simplifier la vie de l’exploitation. Sa dernière lubie, c’est l’optimisation des ressources. Il a passé des heures et des heures à étudier les principes agricoles. Nos bêtes sont menées à la pâture autant que possible, mais nous nous trouvons régulièrement dans l’obligation d’acheter du fourrage supplémentaire, en complément, notamment quand il y a des pics de naissance.
— Le cout des balles de foin, celui de leur transport, ainsi que les heures de manutention, tout cela serait plus rentable si nous produisions sur place, raisonne-t-il. Nous disposons d’une quantité non négligeable de terres arables actuellement inutilisées. Autant les mettre à profit. Avec les excréments, nous pouvons fabriquer notre engrais naturel et fonctionner en circuit fermé. C’est tout bénéfice pour le ranch.
— OK, se contente de répondre papa.
Il ne refuse jamais rien à Tom. Cette fois, il lui a alloué un budget conséquent pour son projet. Il a deux ans pour prouver la justesse de ses théories et augmenter la rentabilité sur le long terme. Tom a fait creuser des rigoles un peu partout dans les champs pour récupérer l’urine du bétail. Un système de drains mène à une fosse d’un mètre de profondeur, où sont aussi déversées les bouses récoltées par un ouvrier spécialement embauché pour l’occasion. Le gars se promène toute la sainte journée au volant d’une voiturette de golf à laquelle est fixée une petite remorque. Il arpente les pâtures et ramasse les excréments au moyen d’une pelle pliante. Ce n’est pas le job le plus glamour pour briller aux yeux des filles dans les bars, mais c’est bien payé, pas trop épuisant.
Après six mois, la fosse puante déborde presque, il est temps de vider son contenu sur les terres. C’est l’opération que Tom s’apprête à superviser ce matin, et la présence de l’un de nous s’avère impérative, pour vérifier que l’excitation ne va pas provoquer une crise de son coeur vieilli avant l’âge. Comme dix bonnes minutes de marche séparent la maison de l’excavation, je suis partie d’un pas rapide, en faisant signe à Diego de me suivre. C’est l’employé le plus ancien de l’exploitation, embauché aux premiers jours, quand mes parents se sont lancés avec un maigre troupeau de trente vaches. Il a dépassé l’âge de la retraite, mais refuse d’arrêter. Il ne chevauche plus avec les autres depuis plusieurs années, maman insiste pour qu’il se contente du rôle de superviseur des équipes. Si quiconque souhaite connaitre l’emploi du temps de n’importe lequel des ouvriers, c’est à Diego qu’il faut s’adresser.
Un peu agacée de voir mon jour de repos s’envoler, je lui lance :
— Où est tout le monde ? Pourquoi c’est moi qui me retrouve à babysitter Tom ?
— Ton père rencontre des clients, tes autres frères sont aux bétaillères, ils gèrent les trois-cents bêtes qui partent aujourd’hui. Il ne reste que toi.
— Et maman ?
Diego mordille l’extrémité de sa moustache, signe de nervosité.
— Elle doit se rendre à Austin.
— Austin ? Pourquoi ?
Je le titille à dessein. J’ai très bien compris, mon vingt-troisième anniversaire arrive dans une semaine. Le seul motif pouvant pousser ma mère à quitter ses terres, c’est l’achat de cadeaux pour sa tribu.
— Eddie a ses raisons et elle ne les partage pas toujours avec moi.
Sous son cuir tanné et buriné, Diego a rougi. Je ris sous cape de voir son embarras.
— Laisse tomber, je m’y colle.
La fosse est située juste après un grand entrepôt, où nous stockons toutes sortes d’outillages essentiels à une exploitation comme la nôtre. L’odeur du purin vient m’agresser les narines, alors que nous ne sommes pas encore arrivés au bâtiment. Je ne pourrai pas couper à un nouveau passage sous la douche avant d’envisager de partir en vadrouille.
Frénétique, Tom sautille à ma rencontre dès que je tourne le coin du bâtiment. Comme à l’accoutumée, il n’a rien tenté pour discipliner ses mèches folles qui lui tombent dans les yeux. Sa blondeur et la blancheur de sa peau tranchent sur ma chevelure brune et ma peau déjà hâlée par le soleil printanier. Nous offrons un contraste saisissant. Une bouffée de tendresse familière amène un sourire indulgent sur mes lèvres.
— Calme-toi, Tom, arrête de courir partout. Ce n’est pas ainsi que ça ira plus vite ou que ça fonctionnera mieux.
Son bonheur presque enfantin fait plaisir à voir. Il a vingt-cinq ans, mais en parait treize. Il agite un talkiewalkie qui grésille.
— Tout marche comme sur des roulettes ! Papa craignait que les bouses sèches peinent à se désagréger et bouchent les conduits, mais ce n’est pas le cas. L’hélice que j’ai intégrée au départ du tuyau les désintègre sans problème. J’ai bien aiguisé les pales, et c’est nickel ! C’est juste un peu plus bruyant.
Comme pour appuyer ses dires, le vacarme infernal de la pompe monte d’un cran pendant deux secondes, puis revient au niveau initial. Tom lève un poing victorieux.
— Ce que tu viens d’entendre, c’est la pulvérisation d’une bouse récalcitrante. Mes deux gars en place au niveau des sillons m’ont confirmé la régularité du débit.
J’ai une pensée pleine de compassion pour eux, qui vont passer des heures sous le soleil, à diriger l’extrémité du gros tuyau dans les champs, exposés à la pestilence du purin. Je note dans un coin de ma tête de proposer à maman de leur ajouter une prime de pénibilité à la fin de la saison.
D’énormes gouttes de sueur coulent le long des tempes de Tom. Ses lèvres n’ont pas changé de teinte, mais la transpiration peut se révéler un signe précurseur d’arythmie cardiaque. L’air de rien, j’attrape le poignet de mon frère et je vérifie son pouls. Constant, sans irrégularités inquiétantes. J’en conclus que l’effort fourni par Tom, à courir dans tous les sens, provoque juste plus de sueur que d’ordinaire. Nous devrions migrer vers des contrées froides, nous nous ferions moins de frayeurs pour lui. La Suède, le Groenland, l’Antarctique…
En aspirant la boue malodorante, la pompe la remue plus qu’il n’est nécessaire et les remugles sont abominables. J’oblige Tom à reculer, pour pouvoir recommencer à respirer par le nez. Il me suit de bonne grâce, trop satisfait de sa réussite pour protester.
— Maintenant que tu as constaté que rien ne débloque, tu vas revenir avec moi à la maison. Quelqu’un d’autre peut superviser la suite des évènements.
Je lui montre la dizaine d’ouvriers plus ou moins désoeuvrés qui traine dans les environs.
Tom se renfrogne. De toute évidence, il avait espéré assister à l’opération jusqu’au bout. Je décide de l’appâter avec une proposition qu’il ne pourra pas refuser.
— On fera des cookies en attendant que maman rentre d’Austin.
— Des cookies ? Tope là !
Un vrai gosse ! Il picore aux repas, il faut se battre pour lui faire avaler une malheureuse portion de légumes ou une tranche de bacon, mais il est capable d’engloutir plus de cookies que Robbie, pourtant gros mangeur.
Nous nous tenons à moins d’un mètre du moteur de la pompe, dont le raffut nous a caché l’arrivée du 4X4 derrière nous. Il a surgi sur le chemin, dans un nuage de poussière qui nous absorbe sans crier gare. J’étouffe un juron et je plaque le foulard que Tom porte au cou sur son nez. Le sable, la cendre, la suie… toutes les particules de ce genre qui pénètrent dans l’organisme de mon frère sont susceptibles de déclencher une crise. J’identifie le véhicule, c’est celui du shérif Perkins. Il nous connait assez pour savoir que les retombées de son arrivée trop rapide représentent un danger pour Tom. Le fait qu’il ne s’est pas donné la peine de se garer derrière l’entrepôt pour nous rejoindre à pied m’indique qu’il ne s’agit pas d’une simple visite de courtoisie.
Régulièrement, le shérif vient tailler une bavette avec papa, maman ou même Diego, qu’il considère tous les trois comme les preneurs de décisions. Il suggère sans aucune subtilité que sa présence fréquente aux abords de la propriété dissuade les voleurs de bétail de s’y introduire. Il insinue que seuls son professionnalisme et sa compétence permettent au ranch sa prospérité. Le shérif quitte le moins possible la bienfaisance de son bureau climatisé, il laisse ses subordonnés se coltiner les rondes. Ce qu’il espère, c’est la promesse de pouvoir se réserver une bonne côte de boeuf ou une caisse de steaks bien juteux qu’il ira réclamer aux abattoirs, avec la bénédiction des Cochrane. Il faut bien entretenir cette bedaine qui penche dangereusement vers l’avant.
Il s’extirpe du 4X4 rutilant avec autant de dignité que lui permet son imposante corpulence. Signe supplémentaire de problèmes à venir, il ne coupe pas la barre de gyrophares sur le toit, elle continue à nous éblouir en se reflétant sur la surface bien polie du capot.
— Oh, oh… murmure Tom.
Que Perkins daigne abandonner l’habitacle et son air conditionné, voilà qui a de quoi inquiéter. Son pas lourd martèle la terre desséchée, il s’immobilise juste devant nous, jambes écartées et bras croisés sur la poitrine.
— Tom. Miz Cochrane, nous salue-t-il.
Pour une raison obscure, il est incapable d’appeler les filles de plus de quinze ans par leur prénom, quand bien même il les connait depuis leur naissance. Je n’ai pas entendu un seul « Sandra » dans sa bouche depuis que mes seins ont commencé à pointer avec insolence. Maman a droit à un « Missus Eddie », signe d’intense respect. Moi, il ne me verra jamais que comme miz Cochrane. Sauf si je me marie ; je deviendrai alors missus quelque chose, du nom de mon époux.
— Quel bon vent vous amène, shérif ?
Il ne condescend pas à me répondre, mais aboie :
— Coupez-moi cette pompe, on ne s’entend pas penser !
Dans un sursaut de colère, Tom s’éloigne en maugréant, à voix si basse que je suis la seule à saisir ses paroles :
— Comme si ce vieux pachyderme pensait…
Je réprime un gloussement et j’affiche ma poker face la plus élaborée, pour ne pas risquer d’énerver Perkins. C’est un sale con, mais il a les moyens de nous rendre la vie impossible. Autant éviter de me le mettre à dos.
Les rancheros, affolés par la présence du représentant de la loi, s’exécutent sans attendre. La pompe s’arrête dans un dernier hoquet. Le silence revenu, le fantôme du tintamarre du moteur fait tinter mes tympans, si bien que je crois tout d’abord avoir mal compris, quand Perkins gronde avec mépris.
— Pardon, shérif ? Qu’avez-vous dit ?
— J’ai dit que j’étais venu arrêter Diego Alvarez.
— Diego ? Notre Diego ? Pour quel motif ?
Je suis abasourdie, il s’agit forcément d’une erreur. Tom, de retour près de moi, déglutit bruyamment.
— Pour meurtre.

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