Été 1919. Léon Cognard, un ancien officier de gendarmerie idéaliste et fort en gueule, change de vie, direction l’Amérique du Sud. Avec une idée fixe : améliorer le sort d’un bagnard, condamné à vingt ans de travaux forcés. Un homme qu’il a arrêté autrefois et qu’il estime victime d’une injustice.Cognard découvre alors les rouages de la  » transportation « , sidéré par la perversité d’un système où toutes les valeurs sont inversées.À l’obsession de sauver Talhouarn s’ajoute bientôt celle de porter secours aux forçats libérés, ces grands oubliés de la pénitentiaire, condamnés à la misère et à l’errance. Mais peut-on aider qui ne veut – ou ne peut – pas l’être ?

Comment rédiger une chronique qui rende justice à cet ouvrage ? Difficile… Je vais toutefois essayer, du mieux que je pourrai. Bien que la meilleure chronique serait encore de vous dire simplement : Lisez-le ! Faites-le circuler ! Parlez-en !

Patrice Quélard est un excellent écrivain, qu’il s’agisse de ses romans historiques (Fratricide, la série Catharsis, Place aux immortels) ou de ses recueils de nouvelles (Oppressions 1 et 2, Memento mori). D’une plume exigeante, riche, qui se savoure avec délices, il s’attaque aux aberrations dont l’humanité est spécialiste.

Dans Les incorrigibles, nous retrouvons Léon Cognard, le Breton misanthrope et entêté de Place aux immortels. Après avoir arpenté avec lui les tranchées de la Grande Guerre, nous le suivons cette fois au bagne, après une étape à Saint-Nazaire.

Cognard nous fait tout d’abord découvrir la gabégie hallucinante de ressources et de matériel américains à l’issue de la guerre, une gabégie orchestrée et soutenue par la corruption et la mauvaise organisation. Gabégie qui se renouvellera d’ailleurs à la fin du conflit suivant, notamment en Afrique du Nord.

Dans le même temps, Patrice Quélard nous dévoile peu à peu l’enfer du bagne en Guyane, à travers l’histoire de Marcel et de ses compagnons. Même si le parallèle avec Papillon d’Henri Charrière est inévitable, on s’en détache très vite, grâce justement au personnage de Cognard.

Libertaire sans illusions sur ses congénères, refusant toute forme d’affiliation politique (aussi alléchante soit-elle), préférant parler à son cheval ou à un singe qu’aux hommes, traqueur acharné de la vérité et de la justice, Cognard est l’archétype du lanceur d’alerte, du justicier, du simple quidam qui va jusqu’au bout de ses convictions. Même au risque de sa propre vie.

Cultivé, drôle, acide, mais aussi timide et introverti, l’ancien gendarme habite les pages de sa présence forte et presque hypnotique. Il a tous les courages parce que finalement il ne croit pas à grand-chose, ne se fait aucune illusion sur l’humanité. Et, pourtant, on le sent habité de la solide conviction qu’un autre monde est possible.

Il va se heurter de plein fouet aux abominations du bagne, des atrocités où le sadisme, la corruption et la souffrance préfigurent déjà les goulags de Staline et l’univers concentrationnaire nazi. Quel que soit le régime politique, l’Homme sait inventer des façons de faire le mal, de se débarrasser de ceux qu’il considère comme en trop dans la société.

Comment ne pas être révolté du sort de ces dizaines de milliers d’hommes et femmes, envoyés dans un monde où l’arbitraire et l’absurde régnaient en maîtres, pour y crever plus ou moins vite, sans espoir d’une quelconque rédemption, d’un quelconque pardon ? Parfois pour de simples vétilles.

Pris dans l’engrenage d’un système conçu pour les faire chuter et chuter encore, ils n’avaient aucune chance de s’en sortir.

Sauf si quelqu’un leur tendait enfin la main. Comme Cognard ou le docteur Rousseau (qui a réellement existé).

L’auteur met en scène une belle utopie, qui aurait pu exister si les voix s’élevant contre la bagne avaient été plus nombreuses. Avec l’humanisme profond qui sous-tend tous ses textes, Patrice Quélard choisit de nous donner à voir les magnifiques possibilités de l’Homme, sa capacité à inverser la tendance s’il le décide.

Les incorrigibles est un roman poignant, qui vous attrape les tripes et qui crie au monde qu’un autre chemin est toujours préférable à celui de la guerre et de la répression cruelle. Un monde où l’on ne se battrait qu’à coups de bons mots et de littérature.

Un message que les évènements actuels mettent encore plus en lumière.

Si seulement l’humanité se décidait enfin à tirer des leçons du passé.

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