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Myrtille s’arrache les cheveux, elle n’arrive pas à se décider. Elle regrette presque d’avoir autant insisté pour préparer sa valise toute seule. Chaque fois qu’elle en a l’occasion, elle essaye de prouver qu’elle est devenue une grande fille, capable de se débrouiller. Dès que ses parents lui ont annoncé qu’ils prenaient des jours de congé pour les vacances de printemps, elle s’est mis en tête de s’occuper elle-même de ses bagages.

Là voilà bien embêtée, maintenant que le moment est venu. Plantée au milieu de sa chambre, face à son placard grand ouvert, des tas de vêtements éparpillés sur le tapis, Myrtille a presque envie de pleurer. Sa maman lui a donné un sac de voyage rien que pour elle, mais la petite fille se demande quoi choisir en priorité. Sa maman a bien précisé :

— D’accord, je te fais confiance. Prévois assez pour dix jours, on ne disposera pas de machine à laver, là-bas.

Si elle s’écoutait, elle se contenterait d’emporter un pantalon, un pull, un t-shirt, quelques culottes et un pyjama. Et hop ! cela devrait être suffisant ! Myrtille ne s’intéresse pas à la mode. Ce qui compte, c’est d’avoir assez chaud et de se sentir à l’aise.

Elle devine à l’avance le froncement de sourcils et la voix fâchée de ses parents, si elle leur dépose un sac presque vide dans l’entrée. Ce serait quand même dommage de commencer les vacances de cette façon.

Mais comment savoir ce qui convient ? Va-t-il faire chaud ? Froid ? Pluvieux ? Ensoleillé ? En soupirant, Myrtille attrape des vêtements au hasard et les fourre dans le sac sans vraiment regarder, jusqu’à ce qu’il soit plein à craquer.

Son papa la rejoint dans la chambre :

— Tu as fini, ma puce ?

Myrtille hoche la tête et lui tend le sac.

— Très bien. File dans ton bain, pendant que je vérifie.

Myrtille plonge dans la baignoire et se bouche les oreilles en entendant son papa rire bruyamment, quand il découvre le bazar dans le sac.

— Bon, je crois que je vais tout recommencer ! lui crie-t-il.

Le jour se lève à peine quand le réveil sonne le lendemain matin. L’endroit où ils se rendent est très loin, de l’autre côté de la France, et cela va prendre des heures et des heures pour y arriver. Peut-être même toute la journée, a prévenu son papa, en cas de bouchons sur la route. Myrtille se demande bien qui pourrait être assez idiot pour s’amuser à répandre des bouchons dans les rues. Ça doit être super dangereux, en plus ! Ça pourrait provoquer des accidents ou abimer les voitures. Les deux adultes se moquent d’elle, quand elle leur pose la question.

— Mais non, Myrtille. Il ne s’agit pas de vrais bouchons. C’est une façon de parler. Cela signifie qu’il y a beaucoup de monde sur la route et qu’on est obligés de rouler tout doucement.

La petite fille boude un moment. Voilà bien les grandes personnes ! Ils expliquent à moitié, utilisent des expressions bizarres, et se permettent ensuite de rigoler si les enfants comprennent de travers. De mauvaise humeur, elle bâille un bon coup en descendant l’escalier de son immeuble derrière ses parents, chargés de sacs et de valises. Puisque c’est comme ça, elle ne les aidera pas. Ils devront se débrouiller tout seuls pour tout ranger dans la voiture. Et toc !

Pourtant, à peine arrivée dans la rue, Myrtille oublie tout et un sourire éclatant chasse la bouderie de son visage. Garée derrière la voiture de sa famille, elle reconnait celle de son meilleur copain Barnabé. D’ailleurs, il est là aussi, sur le trottoir, accompagné de ses parents. Sa grande sœur Clara est déjà installée à l’arrière, le nez dans un livre. Linda, sa maman, adresse un signe joyeux à Caroline, la maman de Myrtille.

— Bonjour, bonjour ! Tout le monde est à l’heure, c’est parfait.

Myrtille s’écrie :

— C’est ce que je crois ? C’est ce que je crois ?

Elle saute sur place d’excitation, puis se met à danser et chanter comme un Indien, en entendant son papa lui répondre :

— Oui ! C’était une surprise. Nous avons loué une grande maison pour les vacances et nous partons tous ensemble.

— Youhou ! hurle Myrtille de toutes ses forces, en réveillant les pigeons de la rue.

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