On me l’a dit mille fois. À voix basse, l’air inquiet, comme si j’étais en train de passer à côté du sens de la vie :
« Mais tu n’es juste pas tombée sur la bonne romance ! »
Oui. Bien sûr. Comme avec le vin rouge, les abats, les téléfilms de Noël ou les cours de yoga avec des chèvres. Il paraît qu’il y a une exception quelque part, une perle rare qui changerait tout. Spoiler : j’ai cherché. Et j’ai surtout piqué du nez.
Avant de me faire huer à coups de marque-pages en forme de cœur, je précise : je n’aime pas les recettes toutes faites. Et la romance moderne, aussi vaste soit-elle, en raffole (en plus, quand j’ai envie de me détendre, je penche plus spontanément vers une bonne vieille histoire de zombies ou un thriller bien flippant. On ne se refait pas).
Petit tour express dans la pâtisserie sentimentale
Parce que oui, la romance se décline. On a quitté le bon vieux Harlequin de mamie pour des sous-genres aux noms stylés, qui méritent un lexique :
- Romance contemporaine : avec SUV, latte noisette et crush au coworking (ça finit au plumard après de multiples péripéties et un mec déconstruit).
- Romance historique : corsets, bals, et gorges qui palpitent sous la soie (ça finit au plumard après de multiples péripéties et une chute de cheval).
- New romance : entre 18 et 25 ans, avec beaucoup de drama, et encore plus d’hormones (ça finit au plumard après de multiples péripéties et un bully qui manque tout faire capoter).
- Dark romance : quand l’amour flirte avec la manipulation, le danger, parfois les menottes (et pas que métaphoriques) (ça finit au plumard après de multiples péripéties qui font bobo).
- Romantasy : on tombe amoureuse d’un elfe torturé ou d’un prince démoniaque. Et on sauve le royaume en prime (ça finit au plumard après de multiples péripéties et des dragons mignons).
- Romcom : version guimauve qui fait des blagues (ça finit au plumard après de multiples péripéties et des éclats de rire émoustillés).
- Slow burn : 400 pages de tension avant un frôlement d’orteil (ça finit au plumard après de multiples péripéties et douze siestes).
Y en a pour tous les goûts, vraiment. Sauf le mien, visiblement.
Les tropes m’endorment
Le schéma est souvent le même : rencontre, tension, obstacles, dénouement cucul. Variante 1 : ils se détestent, puis s’aiment. Variante 2 : ils s’aiment, mais y’a un secret. Variante 3 : il est riche, elle est fauchée, mais l’amour triomphe. Et parfois, tout ça en même temps, avec une scène torride coincée au milieu comme un cheveu dans la soupe.
Je ne dis pas que c’est mal. Je dis juste que moi, ça me donne envie de faire autre chose. Comme trier mes chaussettes par nuance de gris.
Les scènes de fesse obligatoires
Ah, le fameux passage obligé, qu’on retrouve dans pleiiiiiiin de romans non estampillés romance. Vous savez, celui où l’intrigue s’arrête net pour qu’on se tape LA scène sensuelle. Celle qui semble avoir été écrite avec un générateur automatique entre deux chapitres bien rythmés. Dans mon cas, ça me fait soupirer, rouler des yeux… et tourner les pages jusqu’à ce que les gens soient habillés et que l’histoire reprenne. En général, ça ne présente aucune espèce d’intérêt, voire ça rebute le lecteur qui n’est pas là pour ça (et on a le même problème dans les films et séries).
En plus, c’est rarement crédible. Je veux dire, si vous vous trouviez poursuivis par un infâme serial killer sanguinaire qui ne pense qu’à vous débiter en morceaux, est-ce que votre priorité serait de vous envoyer en l’air avec le flic / meilleur ami / fils de la première victime etc. ? Non, hein ?
Et dans mes livres, alors ?
Je n’écris pas de romance. Si un de mes personnages tombe amoureux, c’est un accident de parcours, un effet secondaire. L’intrigue d’abord, le cœur après (et encore, pas toujours).
Je préfère les complots, les mystères, les zombies, les secrets d’État et les potions douteuses. L’amour, s’il survient, c’est parce qu’il sert un propos, pas une case à cocher.
En conclusion : chacun ses lectures
Tu aimes la romance ? Parfait. Moi, non. Mais ça ne nous empêche pas de nous aimer quand même (platoniquement, bien sûr). Et ça, c’est beau.
