À partir du 1er septembre 2026, la facturation électronique devient obligatoire pour toutes les entreprises françaises.
Oui, y compris les artistes-auteurs, même en micro-BNC, même sans TVA, même avec une activité irrégulière (NB : pour recevoir, l’envoi deviendra obligatoire au 1er septembre 2027).
La plupart des auteurs avec qui j’en ai discuté n’y comprennent rien (moi la première). Aussi ai-je décidé de creuser le sujet et de vous faire profiter de ce que j’ai trouvé et compris.
Depuis l’annonce, beaucoup d’auteurs oscillent entre :
- panique,
- suréquipement logiciel,
- et mauvaises interprétations.
Résultat : on confond facturation, tenue de compte et justificatifs, et on choisit des outils inadaptés au statut artiste-auteur.
On va donc faire simple, factuel, et surtout utile.
Facturation électronique : de quoi parle-t-on exactement ?
Première mise au point indispensable : une facture électronique au sens légal n’est PAS un PDF envoyé par mail.
La réforme impose :
- une facture structurée (format normé),
- transmise via une plateforme agréée,
- avec transmission automatique des données à l’administration fiscale.
C’est un circuit de facturation, pas un simple fichier.
Qui est concerné chez les artistes-auteurs ?
Tu es concerné si tu factures :
🔹 Des prestations à des professionnels français
Il s’agit de toutes les interventions que tu réalises toi-même et que tu factures directement à une structure professionnelle.
Exemples concrets :
- une animation d’atelier d’écriture facturée à une école privée ;
- une rencontre avec des lecteurs organisée par une médiathèque ou une bibliothèque municipale ;
- une intervention en collège ou lycée (hors cadre Éducation nationale avec paiement direct) ;
- une conférence ou table ronde rémunérée par une association ou une entreprise ;
- une prestation lors d’un salon ou d’un événement culturel, facturée à l’organisateur.
Dans tous ces cas :
- tu émets une facture,
- le client est un professionnel français,
- la facturation électronique s’applique, même si tu es en franchise de TVA.
🔹 Des cessions de droits facturées directement
Ici, on parle de cessions hors circuit éditeur, c’est-à-dire lorsque tu factures toi-même l’exploitation d’une œuvre.
Exemples concrets :
- cession de droits pour l’utilisation d’un texte dans un magazine ou une revue ;
- autorisation facturée pour l’adaptation d’un texte (lecture publique, spectacle, support pédagogique) ;
- cession de droits pour une illustration, une couverture, un texte commandé ;
- utilisation d’un extrait de ton œuvre par une entreprise ou une collectivité, avec rémunération directe.
Attention à la confusion fréquente :
- si c’est un éditeur qui te verse des droits → pas de facture, pas de facturation électronique ;
- si toi tu factures la cession → facturation électronique obligatoire si le client est un pro français.
🔹 Des ventes à des structures (écoles, associations, entreprises)
Il s’agit de ventes de livres ou d’œuvres à des personnes morales, et non à des lecteurs particuliers.
Exemples concrets :
- une école qui commande 30 exemplaires de ton livre pour une classe ;
- une dédicace en librairie ou espace culturel, Fnac… où tu apportes ton propre stock
- une médiathèque ou une bibliothèque qui t’achète des ouvrages en direct ;
- une association qui commande des livres pour un événement ou un projet pédagogique ;
- une entreprise qui achète des livres pour les offrir à ses salariés ou partenaires.
Même si :
- le livre est vendu au même prix qu’en salon,
- tu n’es pas assujetti à la TVA,
➡️ le client est un professionnel français → la facture électronique s’applique.
Ce qui aide à s’y retrouver (règle simple)
Pose-toi toujours cette question :
“Est-ce que je facture une structure professionnelle française ?”
- ✔️ Oui → facturation électronique
- ❌ Non (lecteur particulier, éditeur, client étranger) → hors champ
Ce n’est ni la nature artistique de ton activité, ni ton régime fiscal, ni ton statut TVA qui déclenchent l’obligation.
C’est le type de client et le fait qu’il y ait une facture.
Tu n’es PAS concerné·e pour :
- les ventes à des particuliers (salons, site),
- les clients étrangers,
- les droits d’auteur versés par un éditeur (relevés éditeurs).
Et non : la réforme ne t’oblige pas à facturer chaque livre vendu en salon.
Ce qui est obligatoire (et ce qui ne l’est pas)
Obligatoire
- pouvoir recevoir des factures électroniques,
- utiliser une plateforme agréée pour les factures B2B,
- transmettre des factures conformes quand elles existent.
Pas obligatoire
- changer de régime fiscal,
- être assujetti à la TVA,
- utiliser un logiciel complexe,
- facturer les particuliers.
Le vrai point de tension : le choix des outils
C’est ici que les auteurs se trompent le plus.
Parce que la réforme est pensée pour des entreprises classiques, alors que les artistes-auteurs ont :
- des revenus hybrides,
- des ventes sans facture,
- des droits d’auteur déclarés par des tiers.
Un outil peut être légal sans être adapté.
Les outils les plus utilisés par les artistes-auteurs : analyse sans filtre
🟢 Le Portail Public de Facturation (PPF – ex Chorus Pro)
Tarif : gratuit
Pour qui : artistes-auteurs avec peu de factures B2B
Les ➕
- Gratuit
- Conforme à 100 %
- Suffisant si tu factures peu de pros
Les ➖
- Interface austère
- Pas pensé pour la création
- Peu ergonomique
- Aucune aide “métier”
Bon choix si :
tu veux le minimum légal, sans confort.
🟢 Indy — le meilleur compromis actuel pour beaucoup d’auteurs
Pourquoi il fonctionne
- conçu pour indépendants et professions libérales,
- compatible micro-BNC,
- distinction claire entre recettes et factures,
- communication transparente sur la facturation électronique 2026.
Les points de vigilance
- très orienté “logique comptable”,
- nécessite un paramétrage propre pour :
- ventes salon,
- droits d’auteur,
- revenus mixtes.
Verdict :
recommandé pour artistes-auteurs qui comprennent leur fonctionnement.
🟡 Henrri — outil de facturation, pas de gestion globale
Ce qu’il fait bien
- facturation simple,
- interface claire,
- peu coûteux.
Le problème pour les auteurs
- Henrri est un outil de facturation, pas de tenue de compte,
- aucune logique spécifique artiste-auteur,
- pousse certains à facturer des recettes qui ne devraient pas l’être.
Verdict :
⚠️ utilisable avec beaucoup de discernement,
❌ source de confusion pour les auteurs hybrides.
🟡 Abby — séduisant, mais mal aligné avec le statut artiste-auteur
Ce qui attire
- design soigné,
- promesse “tout-en-un”,
- discours rassurant.
Ce qui pose problème
- pensé pour freelances en prestations,
- compréhension floue des droits d’auteur,
- logique “tout doit être facturé”.
Verdict :
❌ peu adapté aux artistes-auteurs,
⚠️ risque de fausses bonnes pratiques.
Les deux seules stratégies cohérentes pour un artiste-auteur
🅾️ Option 1 — Minimaliste et légale
(le strict nécessaire, sans confort, mais sans risque)
En pratique, ça ressemble à quoi ?
- Tu utilises uniquement le portail public de facturation (gratuit) pour les rares cas où tu dois émettre une facture électronique.
- Tu n’émets pas de facture pour :
- les ventes en salon,
- les ventes sur ton site à des particuliers.
- Tu tiens ton suivi interne à part :
- un tableau (Excel, Google Sheets, carnet dédié),
- avec le total des ventes par salon ou par journée,
- appuyé par des justificatifs (relevés CB, bordereaux).
Exemples concrets :
- Tu fais deux ateliers par an dans une médiathèque → tu passes ces deux factures par le portail public.
- Tu fais dix salons dans l’année → tu déclares les recettes globales, sans facture client.
- Tu reçois des droits d’auteur d’un éditeur → relevés éditeurs, aucune facture.
Résultat :
- conformité légale assurée,
- zéro coût logiciel,
- mais gestion morcelée et peu confortable.
🅾️ Option 2 — Équilibrée et confortable
(le bon compromis pour une activité régulière)
En pratique, ça ressemble à quoi ?
- Tu utilises un outil adapté aux indépendants (par exemple Indy).
- Tu y paramètres dès le départ :
- une catégorie “prestations” (factures électroniques),
- une catégorie “ventes à particuliers” (recettes internes),
- une catégorie “droits d’auteur – déclarés par un tiers”.
- Tu n’émets une facture électronique que quand c’est requis, et pas “au cas où”.
Exemples concrets :
- Une école te commande 40 livres → facture électronique via l’outil.
- Un lecteur t’achète un livre en salon → enregistré comme recette, sans facture client.
- Un éditeur te verse des droits → renseigné comme revenu, sans facture.
- Une association t’invite pour une conférence → facture électronique transmise via l’outil.
Résultat :
- tout est centralisé,
- moins de risques d’erreur,
- meilleure lisibilité de ton activité,
- gain de temps à long terme.
Ce que ces deux options ont en commun (et que beaucoup oublient)
Dans les deux cas :
- tu ne factures pas tout,
- tu ne passes pas tout en facturation électronique,
- tu sais expliquer clairement ton fonctionnement.
Comment choisir entre les deux ?
- Option 1 si :
- tu factures très rarement des professionnels,
- tu veux le minimum administratif,
- tu acceptes de jongler entre plusieurs supports.
- Option 2 si :
- tu fais régulièrement des interventions,
- tu as des revenus mixtes,
- tu veux une vision claire sans multiplier les tableaux.
Ce qu’il ne faut pas faire :
- choisir un outil par peur,
- facturer des ventes salon “pour être tranquille”,
- copier le système d’un autre auteur sans comprendre le tien.
En conclusion
La facturation électronique n’est pas une menace pour les artistes-auteurs.
Mais mal comprise, elle devient un piège.
Le vrai enjeu n’est pas quel outil utiliser, mais pourquoi et comment l’utiliser.
