Hier était une journée comme les autres pour la plupart d’entre nous.

Nous nous sommes levés, nous sommes allés bosser, soulagés de nous dire que le week-end arrivait. Dans la journée, nous avons ri des blagues entendues sur ce fameux vendredi 13, qui ne cesse de déclencher des bons mots chaque fois qu’il pointe le bout de son nez.

Dans un coin de notre esprit, nous avons pensé aux cadeaux de Noël pour nos proches. Nous avons levé le nez vers le soleil un peu trop présent pour un mois de novembre. Nous avons eu une pensée fugitive sur ce fichu réchauffement climatique qui nous inquiète.

Nous avons pris une aspirine pour lutter contre le rhume que nous sentons arriver. Nous avons mangé une pomme à 10h. Nous avons pesté contre les embouteillages.

Nous sommes rentrés à la maison, nous avons souri à nos conjoints, nous avons parlé avec nos gosses, nous avons passé quelques coups de fil, nous avons sorti le chien et caressé le chat.

La vie, quoi…

Nous nous sommes installés confortablement sur le canapé pour regarder un film, ou nous sommes allés au restaurant avec des potes, au cinéma avec notre cousin, au concert.

Les premières alertes ont commencé à retentir sur nos téléphones portables. Au début, nous n’y avons pas cru.

Encore ? Non, impossible.

Mais il nous a bien fallu nous rendre à l’évidence. Ils ont recommencé.

Et, depuis, sur les réseaux sociaux, défilent en flot continu les appels de détresse des proches sans nouvelles de ceux qui ont juste eu la malchance d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Tous ces visages de personnes portées disparues, souriantes, parce qu’on nous a appris depuis tout petits à sourire devant l’objectif. Ces hommes, ces femmes, ces enfants, qui n’ont pas donné signe de vie depuis hier soir. Ces visages qui sont nos frères, nos sœurs, humains comme nous, et qui se gravent dans nos esprits.

Peut-être n’ont-ils plus de batterie sur leur téléphone. Peut-être l’ont-ils simplement perdu dans le chaos qui régnait. Peut-être le choc les empêche-t-il de se souvenir du numéro de leur famille.

Peut-être sont-ils juste blessés, pris en charge par les services de secours qui travaillent sans relâche pour sauver des vies. Peut-être errent-ils dans les rues, traumatisés.

Peut-être. Nous l’espérons.

Nous voulons à toute force que chez ces familles angoissées, désespérées, le téléphone sonne, que la voix de l’être aimé retentisse, et que les seules larmes qui coulent soient de soulagement.

Nous essayons de faire taire la petite voix au fond de nous qui dit que non, le téléphone ne sonnera pas seulement pour annoncer de bonnes nouvelles. C’est mathématique. Plus de 100 personnes sont mortes hier soir, broyées par la folie barbare d’une terrible machine à haine.

Le téléphone sonnera aussi pour ces familles, mais il n’apportera que douleur, colère et amertume.

Notre cœur saigne avec le leur. Parce qu’en dehors de toutes les considérations politiques, religieuses, nationales, nous sommes humains et nous comprenons leur chagrin, il nous ébranle au plus profond de nous.

Nous allons essayer, une fois de plus, de reprendre le cours de notre vie, malgré tout. Nous allons chérir la beauté d’un rire d’enfant, d’un coucher de soleil, d’une fleur qui s’ouvre, d’une mélodie.

Parce qu’il le faut, c’est le plus bel hommage que l’on puisse rendre à ces visages.

Ces visages.

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