Un ancien ministre favori des présidentielles, accusé de viol.
Un tueur en série insaisissable qui s’en prend à des jeunes femmes depuis les années 90.
Une justicière de l’ombre qui élimine les tueurs de femmes.
Une flic surdouée, presque trop.
Quatre personnages dont le destin va se croiser.
Préambule :
Je ne vais pas aborder ce roman sous l’angle de son intrigue. D’autres l’ont sans doute fait très bien avant moi, et puis, soyons honnêtes, le meilleur moyen de parler d’un thriller reste souvent de ne pas en raconter grand-chose.
Je vais donc parler de sa forme. Parce que, à mon sens, c’est là que réside son tour de force.
Ceux qui me connaissent le savent, je ne m’en cache pas, j’en parle très très souvent : je déteste les bouquins mal finis. Ceux dont les auteurs ou les éditeurs ont considéré qu’un petit coup d’Antidote et une relecture par Tata Simone, championne de dictée au CM1 en 1963, ça suffit bien. Ceux dont on considère que l’intrigue, diabolique à souhait et bien ficelée, se suffit à elle-même. La langue peut bien suivre en claudiquant.
D’ailleurs, combien de fois ai-je lu, sur les groupes de lecteurs : « Oui, il y a plein de fautes, mais quelle importance ? L’histoire est géniale !
Mouais…
Moi, quand il y en a trop, je ferme le livre.
Mon avis :
Après L’Itinéraire (chroniqué ici), remarquable jusque dans sa finition, j’ai donc été plus que surprise d’ouvrir La Gula et de tomber très vite sur des maladresses, des fautes, des tournures étranges, des phrases qui semblent parfois hésiter sur leur propre destination.
Un 24,50€ devenu 20,50€. Une « côte » de popularité qui revient plusieurs fois (ok, la popularité est une montagne à gravir, mais cachez cet accent que je ne saurais voir). Jusqu’à un extrait de chanson malmené (feals au lieu de fails).
En temps normal, j’aurais lâché le bouquin dans un soupir, les yeux au ciel. Pas cette fois.
Parce que l’alien qui parasite mon cerveau depuis des décennies, et me fait commettre des romans ici et là, a flairé autre chose qu’un simple travail éditorial bâclé. Après une soixantaine de pages, quelque chose a cessé de coller. Ou plutôt… quelque chose a commencé à coller un peu trop.
J’ai eu l’impression que ces irrégularités n’étaient pas réparties au hasard. Selon les chapitres, leur contenu, leur tonalité, l’écriture change : tantôt extrêmement travaillée, tantôt presque brute de premier jet, avant de redevenir ciselée quelques pages plus loin.
J’ai donc continué ma lecture, une partie de mon cerveau passée en mode autopsie. Peut-être me trompé-je complètement. Peut-être suis-je en train de bâtir une théorie fumeuse pour expliquer ce qui n’est, au fond, qu’un travail éditorial imparfait.
Mais si ce n’est pas le cas…
… alors ce livre accomplit quelque chose de très rare : il utilise même ce qui paraît imparfait pour nourrir son propos.
J’ai fini par lire La Gula comme une immense démonstration où la forme devient un outil narratif à part entière.
J’ai eu la sensation d’une écriture qui épouse les codes de certains genres, les pousse jusqu’à leurs excès, les caricature parfois. À tel point qu’on les accepte sans broncher. Exactement comme on accepte tant de conventions absurdes simplement parce qu’on a l’habitude de les retrouver.
Je suis tombée dans le piège la tête la première : il y a un chapitre particulièrement épouvantable où d’innocentes victimes subissent un calvaire que je ne souhaiterais même pas à certains dirigeants de ce monde. J’ai été horrifiée.
Puis j’ai tourné les pages. Quand le roman les évoque de nouveau très, très longtemps après, j’ai eu honte.
Honte de les avoir oubliées. Honte d’être passée à autre chose avec autant de facilité.
Comme lorsque nous dévorons un fait divers atroce, secouons la tête deux minutes, puis reprenons tranquillement le cours de notre journée.
Ce n’est peut-être pas ce que le roman cherche à dire. Mais c’est ce qu’il m’a fait ressentir.
Je me suis surprise à penser aux facilités narratives que l’on accepte sans discuter, aux personnages auxquels on pardonne tout parce qu’ils servent l’histoire, à ces romans qui remplissent des pages entières de détails inutiles sans raconter grand-chose, à toutes ces recettes si familières qu’on ne les voit même plus.
Et si La Gula ne se contentait pas de raconter une histoire ? Et s’il nous montrait, surtout, à quel point nous sommes devenus capables de tout consommer ?
Des atrocités. Des clichés. Des raccourcis. Des facilités.
À condition qu’ils divertissent et ne nous obligent surtout pas à réfléchir.
Avec ce roman, Efsy Washington nous tend un miroir. Pas seulement aux lecteurs, mais aussi aux citoyens que nous sommes. Et le reflet n’a rien de flatteur. Loin de là.
Là où L’Itinéraire distillait progressivement son propos et son but profond, celui de La Gula m’est tombé dessus dans son épilogue comme un parpaing lancé à bout portant. Brut. Dérangeant. Et, si mon interprétation est la bonne, admirablement préparé depuis la première page. Je n’en dis pas plus, à vous de le découvrir.
Efsy Washington, pour moi, c’est un Kinder Surprise.
Il y a le chocolat, certes. Moi, ce qui m’intéresse, c’est le foutu jouet caché au milieu dans son œuf en plastique jaune. Celui qu’il faut parfois monter soi-même, avant de comprendre ce qu’on a réellement entre les mains (L’itinéraire). Ou celui qu’on découvre déjà monté, mais seulement après avoir mangé le chocolat (La Gula).
Contrairement aux vrais Kinder Surprise, ceux de Washington sont toujours délectables.
Même lorsqu’ils laissent un goût amer.
Évidemment, je peux me tromper complètement. C’est le risque, et aussi le plaisir, des romans qui laissent suffisamment de place pour que le lecteur construise sa propre lecture.
Ce qui me trouble, finalement, ce n’est pas d’avoir été manipulée. C’est d’avoir pris autant de plaisir à devenir complice de cette manipulation. Parce qu’une fois le livre refermé, impossible de ne pas se demander : à partir de quel moment ai-je cessé d’être la lectrice… pour devenir l’un des sujets de l’expérience ?
PS : Je pensais que le sommet de la simplification de l’écriture consistait à remplacer systématiquement « nous » par « on » pour éviter certaines formes du passé simple. La Gula m’a révélé un nouveau challenger : l’abandon quasi systématique de l’inversion sujet-verbe (« elle répond » au lieu de « répond-elle »). J’avoue, mon cerveau a grincé des dents pendant toute la lecture.
PPS : Chapeau bas à Magnus. Si mon hypothèse tient la route, accepter d’éditer un roman volontairement bancal par endroits demandait une sacrée confiance envers son auteur… et envers ses lecteurs.


encore une fois belle synthèse…et c’est quelqu’un qui se fait volontiers manipuler par Efsy depuis des années qui le dit
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Tu te doutes bien que j’ai commandé les titres que je n’ai pas. Loic et moi allons les lire avec avidité ^^
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