J’arrive dans une école. La directrice m’accueille avec un sourire un peu embarrassé.
— Je suis vraiment désolée… le vidéoprojecteur vient de tomber en panne.
— Pas de souci.
J’ouvre mon sac et j’en sors une pile de planches A3 plastifiées.
Ce n’est pas de la magie. Juste de l’expérience.
Après trente ans passés dans l’Éducation nationale, je sais qu’une journée d’école ne se déroule jamais exactement comme prévu. Il y a toujours ce petit détail auquel personne n’avait pensé.
Alors, j’anticipe.
Mes supports existent en version numérique… et en version papier. Parce que le plus important, ce n’est pas le vidéoprojecteur.
Ce sont les élèves.
Et puis, soyons honnêtes, une panne de matériel, c’est finalement assez reposant.
Le vrai défi, c’est quand les ouvriers commencent à découper le trottoir juste sous les fenêtres de la classe. On ferme tout pour essayer de s’entendre malgré le vacarme. Dix minutes plus tard, on se retrouve à trente dans une salle où il fait déjà 32 degrés et malgré tout… l’intervention a lieu.
C’est ça, une école.
On fait avec. Et j’aime beaucoup ce « on ».
Parce qu’une intervention scolaire n’est pas un spectacle où l’autrice débarque, déroule son numéro et repart sous les applaudissements.
C’est un moment que l’on construit ensemble. Avec l’enseignant, qui connaît sa classe mieux que personne. Avec les élèves, qui ont toujours une remarque, une idée ou une question à laquelle je ne m’attendais pas. Et parfois aussi… avec un vidéoprojecteur récalcitrant, un marteau-piqueur particulièrement enthousiaste ou une chaleur digne d’un mois d’août.
Pendant longtemps, j’ai cru que le plus difficile, dans une intervention, serait de parler de mes livres.
En réalité, j’ai découvert que les plus belles histoires étaient souvent celles qui se passaient autour.
Et c’est précisément de celles-là que j’avais envie de vous parler aujourd’hui.
Je pourrais vous raconter des dizaines d’anecdotes. Enfin… peut-être pas toutes. Il y en a quelques-unes qui méritent de rester entre les quatre murs d’une salle de classe.
Comme cette petite de grande section qui, dès le début de l’intervention, est venue s’installer à mes pieds (et que j’ai failli écrabouiller tout au long de l’intervention)..
Pendant près d’une heure, elle n’a pas décroché un mot. En revanche, elle m’a caressé la cheville tout du long en me regardant avec des yeux remplis d’admiration.
Si je n’avais jamais été enseignante, j’aurais pu être déstabilisée. J’ai continué comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. En maternelle, on apprend vite que certaines marques d’affection sont… disons… très originales.
Et puis il y a les questions. Les vraies. Celles qui me rappellent que prévoir un déroulé, c’est bien… mais qu’il faut toujours laisser une place à l’imprévu.
— Tu aimes la glace au citron ?
Je cherche encore le rapport avec les métiers du livre.
À l’inverse, certaines questions me prennent complètement de court.
Un jour, un élève de CE2 a levé la main. Je m’attendais à une question sur l’écriture, les personnages ou mes livres.
À la place, il m’a demandé :
— Quel auteur mort tu aimerais rencontrer ?
J’ai mis dix secondes à répondre. Je ne m’attendais pas à entendre une telle question dans la bouche d’un enfant de huit ans.
(ma réponse : Shakespeare, pour lui demander s’il est bien l’auteur de toutes les pièces qui lui sont attribuées)
C’est ce que j’aime dans ces rencontres. On ne sait jamais vraiment où elles vont nous emmener.
Et c’est très bien comme ça.
Il y a les moments qui ne figurent dans aucun déroulé d’intervention.
Les élèves qui attendent que tous leurs camarades soient sortis de la classe avant de s’approcher. Ils regardent à droite. À gauche. Puis ils me glissent à l’oreille :
— Moi aussi, j’écris des histoires.
Comme s’ils étaient en train de m’avouer une énorme bêtise. Je les rassure toujours. D’abord, écrire n’a jamais été interdit. Ensuite, ils viennent de choisir la bonne personne pour en parler.
J’adore ces confidences. Parce qu’elles me rappellent que, derrière une classe de vingt-cinq élèves, il y a vingt-cinq personnalités différentes. Certains lèvent la main toutes les trente secondes. D’autres n’osent pas poser une seule question devant les autres… mais trouvent le courage de le faire une fois la sonnerie passée.
Je ne sais pas combien de vocations d’écrivains naîtront dans ces classes. Et ce n’est d’ailleurs pas mon objectif.
Si, en revanche, un enfant rentre chez lui en se disant : « Finalement, moi aussi j’ai le droit d’inventer des histoires », alors je considère que la rencontre n’aura pas été inutile.
Il arrive même que je les retrouve, sur un salon. Ils arrivent avec un cahier sous le bras.
— Vous vous souvenez de moi ?
Soyons honnêtes : ma mémoire a parfois besoin d’un petit coup de pouce. Eux, en revanche, se souviennent très bien. Ils me racontent qu’ils continuent d’écrire. Ils me montrent leurs nouvelles, leurs débuts de romans, leurs bandes dessinées.
Et je mesure, à ce moment-là, que l’intervention ne s’est pas arrêtée le jour où j’ai quitté leur école. Elle a simplement continué… sans moi.
Il y a aussi des surprises plus inattendues. Les professeurs de français le savent bien : il y a toujours, dans une classe, un ou deux élèves qui semblent avoir décidé que cette matière n’était définitivement pas faite pour eux.
Pourtant, pendant un atelier d’écriture, quelque chose se passe. Ils participent. Ils proposent des idées. Ils discutent avec leurs camarades.
Ils écrivent.
Je sais parfaitement qu’une intervention d’une journée ne va pas transformer un élève en passionné de littérature. Mais si, pendant quelques heures, il découvre qu’écrire peut être un plaisir choisi plutôt qu’un exercice imposé… alors c’est déjà une belle victoire.
À l’inverse, il arrive aussi que l’écriture révèle des choses beaucoup plus lourdes. Je me souviens d’un atelier où les élèves rédigeaient leurs textes pendant que la professeure de français et moi passions entre les rangs. À la fin de l’écriture, les élèves ont lu leur production à voix haute.
Les uns faisaient rire toute la classe. Les autres avaient construit de véritables petits romans policiers.
Et puis est venu le tour d’une élève.
Au fil de sa lecture, l’ambiance a changé. J’ai senti que quelque chose n’allait pas. J’ai regardé la professeure de français. Elle m’a regardée. Nous avions compris la même chose.
Ce texte ressemblait beaucoup moins à une fiction qu’à quelque chose de personnel. Et dramatique.
Évidemment, nous n’avons rien dit devant la classe. Notre rôle n’était pas d’interpréter une production d’écrit devant les autres élèves.
Mais, une fois l’atelier terminé, nous en avons parlé. Peut-être avions-nous mal compris. Peut-être pas.
Je ne saurai sans doute jamais ce qu’il en était réellement.
L’écriture peut parfois ouvrir une porte qu’un enfant n’oserait jamais pousser autrement.
C’est aussi pour cela que je prends toujours les productions des élèves au sérieux. Derrière une histoire inventée se cache parfois… bien plus qu’une histoire.
Toutes ces anecdotes ont un point commun. Elles ne se produisent jamais par hasard. Si les élèves osent poser des questions, raconter leurs idées ou lire leurs textes devant leurs camarades, c’est parce que la rencontre a été pensée dans ce sens.
Lorsque je prépare une intervention, je ne me demande pas seulement ce que j’ai envie de raconter. Je me demande surtout ce que les élèves vont faire pendant ce temps-là. Là encore, mon ancienne vie d’enseignante reprend vite le dessus.
Je sais ce que c’est que d’accueillir un intervenant.
Je sais qu’une intervention ne doit pas seulement être agréable sur le moment. Elle doit aussi trouver sa place dans le projet de la classe.
C’est pour cette raison que je propose des formats différents selon l’âge des élèves.
En maternelle, les ateliers s’appuient sur mes albums jeunesse. On observe les illustrations, on échange, on joue avec les émotions, on découvre comment naît un livre. À cet âge-là, on apprend énormément en parlant, en regardant et en manipulant quelques supports adaptés.
En élémentaire, l’approche évolue.
Les élèves découvrent par exemple le long voyage d’un livre, depuis l’idée qui germe dans la tête d’un auteur jusqu’au moment où un lecteur l’emporte à la bibliothèque ou en librairie. Ils comprennent qu’un livre n’est pas seulement écrit : il est illustré, corrigé, mis en page, imprimé, transporté… Ils découvrent tous ces métiers dont on parle finalement assez peu.
J’aime aussi beaucoup les faire observer un livre autrement.
Pourquoi la couverture est-elle conçue de cette façon ?
À quoi sert une quatrième de couverture ?
Pourquoi le code-barres est-il là ?
Qui décide du prix ?
Tout à coup, ils ne regardent plus un livre comme avant. Ils comprennent qu’il est le résultat du travail de toute une équipe.
Je propose également des rencontres autour du métier d’autrice. Les enseignants préparent souvent les questions en amont avec leurs élèves. C’est une formule que j’aime beaucoup, parce qu’elle ressemble rarement à une interview. Les enfants rebondissent sur les réponses des autres, changent de sujet sans prévenir, reviennent sur une remarque faite vingt minutes plus tôt… et la discussion prend souvent une direction à laquelle personne n’avait pensé.
Au collège et au lycée, les échanges évoluent naturellement.
Les élèves ont envie de comprendre comment on construit une intrigue, pourquoi on choisit un narrateur plutôt qu’un autre, comment naît un personnage ou ce qui se passe une fois que le manuscrit quitte le bureau de l’auteur.
Et puis il y a les ateliers d’écriture.
Ce sont probablement ceux qui me demandent le plus de préparation… et ceux dont je repars le plus souvent avec le sourire.
Je m’assure en amont auprès de l’enseignant que les élèves disposent de toutes les clés nécessaires. Pendant l’atelier, je les accompagne dans leur réflexion, puis le travail continue en classe. L’objectif n’est pas de repartir avec un texte parfait. L’objectif est qu’ils découvrent le plaisir de construire une histoire et qu’ils osent aller jusqu’au bout de leurs idées.
Au fond, mes interventions ressemblent beaucoup à ce que j’aimais faire lorsque j’étais enseignante.
Créer une parenthèse. Une parenthèse où l’on apprend, bien sûr. Mais où l’on rit aussi beaucoup.
Parce qu’entre deux discussions sur la chaîne du livre, il y aura toujours quelqu’un pour me demander si j’aime la glace au citron.
Et, finalement, je trouve que c’est très bien comme ça.
Est-ce que toutes les interventions se ressemblent ?
Heureusement, non.
Je peux revenir deux années de suite dans la même école, avec le même atelier, auprès de deux classes du même niveau… et vivre deux rencontres totalement différentes.
Je ne viens pas avec un spectacle à dérouler exactement de la même manière partout. J’arrive avec une trame, des supports, des activités, des objectifs… et je m’adapte à la classe que j’ai devant moi.
C’est sans doute le plus gros héritage de mes trente années d’enseignement.
On prépare. On anticipe. Et puis on compose avec le réel.
D’ailleurs, je crois que c’est valable aussi pour les livres. On passe des mois à les écrire. On imagine comment les lecteurs vont les recevoir. Et finalement, chacun s’en empare à sa manière.
Les interventions scolaires, c’est exactement la même chose. On prépare beaucoup. Et ce sont les élèves qui écrivent la fin.
Si vous êtes enseignant, directeur d’école, professeur documentaliste ou responsable d’une médiathèque et que vous cherchez une intervention, j’espère que cet article vous aura permis de mieux comprendre ma façon de travailler.
Concrètement, je propose aujourd’hui :
- des interventions en maternelle, construites autour de mes albums jeunesse, avec des activités adaptées aux plus petits ;
- des interventions en élémentaire autour de la chaîne du livre, du métier d’autrice, du métier d’illustratrice et de l’écriture, avec des supports préparés pour favoriser les échanges et la réflexion ;
- des ateliers d’écriture, en élémentaire comme au collège et au lycée, qui peuvent s’inscrire dans un véritable projet de classe ;
- des rencontres en collège et lycée autour de l’écriture, de la création d’un roman, du parcours d’autrice et des coulisses de l’édition.
Toutes les interventions sont préparées en lien avec l’enseignant afin de répondre au mieux aux objectifs de la classe. Certaines peuvent être précédées d’un travail préparatoire ou suivies de prolongements pédagogiques, parce qu’une rencontre ne s’arrête pas forcément au moment où je referme la porte de la salle de classe.
Si, en lisant ces quelques lignes, vous vous êtes dit : « C’est exactement le type de rencontre que j’aimerais proposer à mes élèves », alors n’hésitez pas à me contacter.
Nous prendrons le temps d’échanger sur votre projet, vos attentes, le niveau de vos élèves et les ateliers les plus adaptés.
