J’avais chroniqué son précédent ouvrage, Le cri des hyènes, aussi ai-je reçu avec bonheur le service presse des éditions de Borée pour Une promesse bleu horizon, de Véronique Chauvy.

Présentation de l’éditeur :

Céleste est fiancée à Firmin au moment où la Seconde Guerre mondiale éclate. Quand Firmin est déclaré mort, le père de Céleste tente de lui choisir un nouvel époux. Épaulée de la famille du défunt, Céleste, qui a déjà gagné en indépendance et s’engage fortement dans la lutte à l’arrière, prend alors sa vie en main : pourra-t-elle à nouveau ouvrir son coeur ?

Alors, je vous le dis tout de go, ce résumé ne fait pas du tout honneur au livre ! Il ne s’agit pas que des tourments amoureux de l’héroïne, loin de là. De même, le fait que le livre soit paru sous la dénomination de « roman régional historique » peut rebuter certains indécrottables citadins (comme moi 😉 ). En effet, la littérature régionale suppose souvent la présence d’une certaine nostalgie chez le lecteur, pour pouvoir vraiment apprécier. Réduire Une promesse bleu horizon à cette « case » serait bien dommage.

Certes, l’histoire est résolument ancrée dans le Clermont-Ferrand du début du vingtième siècle. Véronique Chauvy parcourt les différents quartiers de la ville, explore les petits métiers de l’époque, et dépeint avec justesse l’émergence des industries du caoutchouc (dont Michelin, bien évidemment). Elle rend d’ailleurs justice à la célèbre marque au Bibendum, tellement décriée par la suite sur son attitude paternaliste. On constate au fil des pages à quel point les choix patronaux de Michelin étaient novateurs et appréciés à l’époque.

Mais le livre pourrait se situer n’importe où en France, voire en Europe, tant le propos est universel. Véronique Chauvy, sans virulence ni militantisme agaçant, peint à touches légères l’émergence d’une conscience féminine collective et les prémisses de la lutte pour l’émancipation. Car une des vérités historiques bouleversantes qui ressort de la lecture, c’est la triste réalité que la route pour l’égalité des sexes a été pavée du sang des millions de morts de la Grande Guerre. L’horrible quotidien des tranchées, décrit avec humanité, ainsi que la boucherie de ce conflit,  ont amorcé un bouleversement profond de la société de l’époque. Les femmes savaient que chaque avancée était due à la liste sans cesse croissante des soldats disparus. Elles devaient néanmoins continuer, vaille que vaille.

La grande famille décrite dans le roman paye un lourd tribut à la guerre : morts, mutilés, problèmes mentaux, « veuves blanches ». C’est tout le tissu social qui se trouve impacté.

Abandon des métiers de la terre, travail des femmes, socialisme, revendications sociales, révolte des femmes contre leur condition, recherche de l’amélioration des conditions de vie… autant de sujets imbriqués les uns dans les autres, indissociables de 14-18. Véronique Chauvy les étudie tous au travers de la vie de cousette de Céleste, de sa plume toujours aussi précise et fouillée.

D’expressions délicieusement surannées en phrases travaillées, elle restitue toute l’ambiance d’une époque au bord d’un gouffre. Alternant scènes du front et vie à « l’arrière », elle nous plonge dans ce qui a sans doute été la rupture la plus nette dans la vie de l’Europe, permettant que d’un gâchis monumental de jeunes vies émerge une société toute neuve, éprise de progressisme et d’envies de bonheur.

Une promesse bleu horizon, en somme. Bleu horizon pour la couleur des uniformes des poilus. Mais également bleu horizon pour l’espoir insensé des survivants de ne plus jamais connaître de telles horreurs.

 

NB : Si cette période vous intéresse, je vous recommande également le magistral « Fratricide » de Patrice Quélard, qui se focalise plus sur la guerre au front, au travers de trois hommes (un Français, un Irlandais et un Allemand).

promesse

 

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