Ces derniers mois, j’ai avalé avec bonheur toute la série des romans historiques de Philippa Gregory, sur la guerre des deux roses et les Tudor. Soit 14 livres en tout. Ce qui est vraiment dommage, c’est qu’à peine la moitié est traduite en français. Une véritable injustice pour ceux qui ne lisent pas l’anglais ! Car il est vraiment important de pouvoir tous les lire dans l’ordre chronologique pour pouvoir se faire une vue d’ensemble de cette période troublée de l’histoire anglaise.

Dans la plupart des cas, la narration se fait à la première personne et donne la parole à une femme, le plus souvent appartenant à une des principales familles gravitant autour du trône. On retrouve Katherine d’Aragon, Anne Boleyn ou Elizabeth I, mais aussi des figures moins célèbres comme Jacquetta du Luxembourg ou Margaret Pole.

Intrigues, trahisons, jeux de pouvoir et alliances diverses sont au menu, révélant l’extrême complexité des monarchies de l’époque, ainsi que l’hypocrisie générale des courtisans. Le tout servi par une écriture dense et très agréable, et une reconstitution fidèle et solidement documentée des us et coutumes de l’époque. Tous les petits détails y sont, jusqu’aux plus anodins, accentuant la sensation d’y être.

S’il n’y avait que cela, ce serait déjà amplement suffisant pour passer de très bons moments. Mais le talent de Philippa Gregory réside aussi dans sa façon de traiter les choses, livre après livre. Beaucoup se chevauchent dans le temps, et elle nous offre la vision de mêmes événements à travers les yeux de personnages totalement opposés à l’époque. Au final, en lisant la même période vue de deux points de vue subjectifs, et en s’identifiant tour à tour à chacun, il devient plus aisé de prendre un certain recul et de tenter de réfléchir avec objectivité.

Autre avantage, c’est tellement bien écrit que cela donne envie d’aller plus loin et de faire des recherches sur tel ou tel personne, tel ou tel moment précis. D’autant que Philippa Gregory est très honnête et précise à la fin de chaque ouvrage à quel moment elle a pris des libertés avec l’Histoire, pour combler un manque de documentation ou pour tenter de proposer une interprétation des événements.

Enfin, sa décision de donner la parole aux femmes en tant que narratrices est loin d’être anodine. Elle démontre implacablement à quel point elles n’étaient que des marchandises, des objets dont se servaient les hommes de leur famille pour assouvir leurs ambitions. Maris, frères, pères… tous ne les considéraient que comme des pions sur l’échiquier du pouvoir. Elles étaient traitées comme des prostituées que l’on vendait au plus offrant, étaient « consommées » dès le plus jeune âge (douze ans parfois), n’avaient pas leur mot à dire, et n’avaient aucun droit ni aucun bien propre.

Dans certains passages, le lecteur réalise à quel point cet insécurité permanente, à la merci du bon vouloir masculin, a pu influer sur les décisions de beaucoup de femmes. Lire de nos jours qu’une érudite humaniste comme Katherine Parr a dû accepter d’être jetée dans la couche d’Henri VIII, déjà connu pour avoir abandonné ou exécuté plusieurs épouses, fait froid dans le dos.

Cela jette un éclairage différent sur les réactions de certaines, assez antipathiques (Margaret Beaufort, par exemple, fondatrice de la lignée des Tudor). A la lumière des romans de Philippa Gregory, difficile de lui en vouloir, quand on sait ce que furent ses jeunes années !

Les 14 livres représentent plusieurs milliers de pages, certes, mais n’hésitez pas ! Ce voyage dans le passé en vaut la peine. C’est tellement bon que j’ai même trouvé « Une colonne de feu » de Ken Follett, qui traite de la période élisabéthaine, bien pâlichon comparé à Philippa Gregory.

Philippa_gregory_2011

 

 

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