Dans le cadre d’un service presse, j’ai lu  Les suppliciées du Rhône de Coline Gatel, un drôle de polar historique très noir.

Résumé :

Lyon, 1897. Alors que des corps exsangues de jeunes filles sont retrouvés dans la ville, pour la première fois des scientifiques partent à la recherche du coupable, mettant en pratique sur le terrain toutes les avancées acquises en cette fin de XIXe siècle. Autopsies des victimes, profils psychologiques des criminels, voilà ce que le professeur Alexandre Lacassagne veut imposer dans l’enquête avec son équipe, mais sait-il vraiment ce qu’il fait en nommant à sa tête Félicien Perrier, un de ses étudiants aussi brillant qu’intrigant ? Entouré d’Irina, une journaliste pseudo-polonaise, et de Bernard, un carabin cent pour cent janséniste, Félicien va dénouer, un à un, les fils enchevêtrés de cette affaire au coeur d’un Lyon de notables, d’opiomanes et de faiseuses d’anges. Jusqu’à ce que le criminel se dévoile, surprenant et inattendu, conduisant le jeune médecin au-delà
de ses limites.

Voilà un livre fichtrement bien écrit ! L’écriture délicieusement surannée retrace à la fois le parler de l’époque et les tournures de phrases, sans pour autant que ce soit ampoulé ou ennuyeux. Corinne Gatel mêle habilement des faits historiques à une enquête menée selon les préceptes d’une science criminologique balbutiante. Et c’est là à mon sens que le roman trouve sa force et sa puissance.

Nous, lecteurs du 21ème siècle, sommes habitués à la routine d’une enquête : autopsie, profilage, traces ADN… Or, ici, rien de tout cela n’est encore entré dans les habitudes. Au contraire, la police régulière se gausse des tentatives du trio principal de préserver la scène du crime. La rigueur scientifique dont ils tentent de faire preuve se heurte tout au long du roman aux croyances et traditions, ainsi qu’aux pseudo-sciences comme la phrénologie. Coline Gatel nous emmène dans un voyage à une période où les avancées technologiques et scientifiques ouvraient une infinité de possibilités, pas toujours utilisées à bon escient.

C’est passionnant de (re)découvrir la façon, souvent expéditive et terriblement subjective, dont une enquête était menée, rejetant la faute sur la victime plutôt que de s’attacher à la recherche d’un coupable. Toute l’hypocrisie d’une société de classes nettement distinctes est mise au jour, ainsi que l’injustice criante d’un système judiciaire peu enclin à la vérité tant que la paix sociale était préservée.

J’ai découvert des aberrations comme le certificat de travestissement, qui font mesurer la distance parcourue dans la cause des femmes (plusieurs passages viennent égratigner la mentalité de l’époque vis à vis des femmes).

À ce tableau de moeurs vient se greffer une enquête très sombre, ne lésinant pas sur les scènes très dures : autopsies, découvertes de cadavres, avortements, présentations de corps au public.

Je regrette juste que certains passages soient un peu confus et la fin un peu trop facile à mon goût (mais fidèle toutefois au style des romans feuilletons du 19e).

Le personnage de Félicien Perrier, sorte de Sherlock Holmes cynique, carburant à toutes sortes de substances plus ou moins licites (on en apprend sur la position officielle sur certaines drogues !), est assez savoureux. Il incarne à lui seul toute l’ambivalence des croyances de l’époque : est-on destiné à être ceci ou cela de par sa naissance ou est-ce le libre arbitre qui prime ?

Une belle découverte, je remercie les éditions Préludes.

suppliciees

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