LES ENQUÊTES DE MYRTILLE ET BARNABÉ

TOME 1 : Où est le chat de madame Jeanne ?

Aujourd’hui est un drôle de jour pour madame Jeanne, la concierge de l’immeuble où vit Myrtille. C’est sa dernière journée de travail, elle prend sa retraite. Cela fait quarante-trois ans qu’elle s’occupe du bâtiment. Quand elle est arrivée, les parents de la fillette n’étaient même pas nés !

— Quarante-trois ans ? s’est écrié Barnabé, quand Myrtille lui a dit. Mais quel âge elle a ?

— Je ne sais pas exactement, a-t-elle répondu.

— Elle doit avoir au moins cent-cinquante ans !

— N’importe quoi.

Barnabé est le meilleur ami de Myrtille, ils se connaissent depuis qu’ils sont bébés. Ils sont allés à la crèche ensemble, puis ont fréquenté la maternelle et l’école élémentaire dans la même classe. Myrtille l’aime de tout son coeur, mais il faut reconnaitre qu’il dit parfois des bêtises grosses comme une maison.

Pendant toutes ces années, madame Jeanne a veillé sur les habitants. Elle a balayé les escaliers, avant d’y passer la serpillère. Elle a nettoyé les vitres de l’entrée, fière de les voir briller au soleil. Elle s’est chargée d’appeler le réparateur chaque fois que l’ascenseur tombait en panne. Elle a aussi réceptionné les colis dans sa petite loge, pour éviter aux locataires de devoir aller les chercher à la poste. Quand un paquet arrivait, elle déposait un mot dans la boite aux lettres. Il suffisait ensuite d’aller frapper à sa porte pour le récupérer.

Mais ce n’est pas tout. Madame Jeanne s’est toujours bien occupée des enfants de l’immeuble. Elle se tenait devant l’entrée, à l’heure de la sortie de l’école, pour vérifier que tout le monde rentrait bien chez lui. Et, souvent, quand les parents avaient envie d’aller manger au restaurant en amoureux, madame Jeanne se proposait pour garder les enfants.

Myrtille a plusieurs fois passé la soirée avec madame Jeanne, pendant que son papa et sa maman sortaient. C’est tout petit chez elle. Il y a la loge, où la concierge reçoit les habitants. Derrière un rideau en perles multicolores, qui tintent quand on le bouge, se trouve l’appartement de madame Jeanne. Elle ne dispose pas d’une vraie cuisine, juste d’une pièce où elle doit préparer ses repas, manger et dormir. Dans un coin, un autre rideau cache une douche, un lavabo et les toilettes.

Même si c’est minuscule, Myrtille a toujours aimé y aller. Madame Jeanne tricote en fredonnant les chansons de la radio. De temps en temps, elle lève le nez et sourit à Myrtille qui colorie. Madame Jeanne sent bon les cookies au chocolat, elle a des yeux gentils. Tous les gamins l’adorent. Elle ferait une grand-mère parfaite. Malheureusement, elle n’a jamais eu d’enfants. Elle n’a aucune famille.

— Tu vas rester ici, même si tu ne travailles plus ? demande Myrtille avant de partir à l’école.

Madame Jeanne lui caresse les cheveux longtemps avant de répondre.

— Je n’ai pas le droit. L’appartement et la loge ne m’appartiennent pas, je dois les rendre.

— Mais où vas-tu vivre ? Je n’ai pas envie que tu t’en ailles !

Myrtille se sent très triste à l’idée du départ de la concierge.

— Je n’ai pas le choix. Je ne gagne pas assez d’argent pour acheter un logement. Une chambre m’attend dans une maison de retraite, à l’autre bout de la ville.

Une grosse boule de chagrin est coincée dans la gorge de Myrtille. Madame Jeanne s’essuie les yeux avec le coin de son tablier.

— Tu pleures, Jeanne ?

— Non, non, pas du tout. J’ai une poussière, rien de plus.

Myrtille ne la croit pas. Elle serre la vieille dame contre elle.

— Tu vas tellement me manquer…

— Toi aussi, ma petite chérie. Mais j’essaierai de venir faire un coucou de temps en temps.

Madame Jeanne fait semblant d’être fâchée. Elle pose ses poings sur ses hanches, fronce les sourcils et déclare :

— Si je vous rends visite un jour et que je vois que les enfants mettent leurs pattes sales sur mes belles vitres, gare à vous ! Je vous tirerai les oreilles !

Myrtille sourit. Puis une pensée lui traverse l’esprit.

— Quelqu’un va te remplacer ?

— Et non, c’est fini le temps des concierges. Autrefois, chaque immeuble en employait une. De nos jours, plus personne n’a envie de ce travail. Des gens viendront juste faire le ménage et rentreront chez eux le soir. Je suis le dernier dinosaure.

Myrtille éclate de rire à l’idée d’un diplodocus en tablier, avec les bigoudis de madame Jeanne sur la tête.

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