Litzic a lu, et aimé, Praesidia.

Retrouvez leur chronique ici.

La voici en intégralité :

Praesidia, de Céline Saint-Charle, roman dystopique/post-apocalyptique nous place dans une société glaçante.

La Terre a déraillé : de nombreux virus ont ravagé la population, des bombes atomiques ont pollué de vastes zones géographiques. Les survivants ont été placés dans des abris, disséminés un peu partout sur la surface du globe. Ils vivent séparément, dans des abris individuels, sans aucun contact avec d’autres êtres humains. Tout est automatisé, géré par des robots. Le gouvernement dirigé par Ayleen Aurora fait en sorte que tout soit scrupuleusement respecté.

Aucune sortie n’est autorisée, aucun contact humain de proximité n’est autorisé, seuls ceux via le réseau informatique le sont. Jusqu’au jour où Mira Mason découvre que sa voisine n’est autre que sa mère, et que celle-ci lui permet de fuir. La réalité est-elle vraiment celle qu’on leur a apprise ?

Nous ne vous en dévoilerons pas beaucoup plus sur cette histoire. Nous dirons juste que Mira se retrouve dehors et qu’elle a pour but de sauver ceux qui le veulent, ceux qui le peuvent, de leur sinistre et solitaire existence. Accompagnée d’un robot de livraison et d’un renard, elle parcourt les États-Unis et découvre l’horreur derrière les « bonnes » intentions de 150 ans de règne de la famille Aurora.

Un schéma classique.

Dur de ne pas voir en Praesidia un roman dans la lignée des sagas telles Divergente ou Hunger Games. De celles-ci, nous avons comme point commun une jeune femme qui s’émancipe du joug d’un gouvernement perverti par ses propres excès et celui de populations soumises à un règne totalement injuste et injustifié. Manipulée, la population accepte docilement de se plier à des conditions inhumaines, leur interdisant tout contact direct (même les relations par réseau informatique n’ont lieu qu’avec des personnes géographiquement éloignées pour empêcher tout acte de rébellion). Chaque tentative de fuite des abris, des « lotissements » de quelques kilomètres carrés, est punie de mort. Seuls les vieillards et les bébés ont des contacts avec d’autres humains, pendant un laps de temps réduit.

Lorsque Mira parvient à s’enfuir, après une première révélation fracassante, sa bulle vole en éclat. Comme dans les sagas précédemment citées, elle se retrouve à la tête d’un mouvement qu’elle n’a pas voulu initier et se retrouve « obligée » d’assumer des responsabilités dont elle doute d’être légitime. Pourtant, elle accomplit chaque étape progressivement, parfois aidée de la chance, et découvre l’horreur et des inégalités insoupçonnées au fur et à mesure de son parcours.

Une écriture entraînante…

Si dans les premiers pas de ce roman l’écriture nous semble un peu délicate, c’est avant tout parce que nous devons faire un léger effort de concentration pour faire nôtre l’état de ce monde totalement à part. En effet, le postulat de départ demande un minimum de souplesse de compréhension face à une situation totalement inconnue. Heureusement, très vite, l’écriture de Céline saint-Charle devient addictive, se nourrissant elle-même d’un mouvement que rien ne peut venir entraver.

Découpé en courts chapitres, dont la fin nous laisse dans l’attente de la suite, nous ne lâchons pas Praesidia avant d’en avoir lu l’intégralité des pages. Si l’écriture pure nous y aide, la qualité de l’histoire y parvient tout autant. Bien que le postulat de départ soit à peine « crédible » (comment une société pourrait-elle accepter de vivre solitairement et privée du contact de ses congénères?), le déroulé du roman ne souffre d’aucune incohérence.

En effet, tout ce qui s’y déroule est nourri par une histoire (celle qu’on apprend dans les livres d’histoire), par des faits. Si les habitants se trouvent confinés, c’est à cause de virus ayant ravagé des populations humaines, quand ce n’est pas la folie des hommes elle-même qui s’en est chargée. Nous tenons à préciser que Praesidia est paru avant la pandémie que nous connaissons tous, preuve une nouvelle fois que la réalité et la fiction ne sont jamais véritablement éloignées). Tout s’avère plutôt crédible, des rebondissements aux découvertes stupéfiantes, rien n’est fruit du hasard.

D’ailleurs, ces révélations montrent une nouvelle fois que les univers dystopiques sont de puissants révélateurs de sociétés en déliquescence. En ce sens, Céline saint-Charle évoque la condition de certaines classes de la société en les poussant dans un paroxysme certes abominable, mais synonyme de signal d’alarme sur nos comportements collectifs.

Forcément.

Forcément, sont étrillés, même indirectement, les gouvernements des sociétés occidentales. L’histoire se déroule aux États-Unis (pied de nez, vu de l’extérieur, face au pays « des libertés » et du capitalisme forcené que nous nous obstinons à prendre pour exemple), mais pourrait tout autant se situer dans n’importe quel autre pays du G7 tant leurs systèmes sont semblables, broyeurs des individualités au profit d’une collectivité docile et muselée, à laquelle on inculque un savoir qui se trouve être une manipulation à grande échelle. La fatalité dicte à tous de perpétuer le mouvement, l’essence, jusqu’au moment où le système, toujours très fragile, s’enraye sous la volonté d’une seule et unique personne.

L’héroïsme est donc de mise, mais jamais, sous la plume de l’autrice, de façon à pouvoir être utilisé comme une propagande. Il s’agit d’un héroïsme « contraint », permettant de faire le jour sur une réalité bienvenue. En fait, peut-être que l’un des messages de ce roman est le suivant : pour régner, peut-être vaut-il mieux être totalement transparent. Ainsi vous évitez tout mouvement de foule dont l’amplitude pourrait vous renverser. Si vous êtes dans les clous, évidemment. Sinon, vous pourriez bien le regretter amèrement.

Jamais moralisateur (vu ce qui est dévoilé, cela aurait pu être largement le cas, fort heureusement Céline Saint-Charle œuvre avec une grande intelligence pour ne pas sombrer dans un prêchi prêcha insupportable), possédant un rythme soutenu, et évitant le piège de la saga (tout tient dans un seul volume alors qu’il y aurait eu matière à en écrire 3, 4 ou 5 volumes, sans pour autant que l’ensemble ne soit bâclé), Praesidia met l’accent à la fois sur des errances étatiques actuelles et sur la psychologie de personnage plutôt fine. Autant dire qu’il ne nous en faut pas beaucoup plus pour nous régaler. Et réfléchir à ce qu’il convient d’accepter ou pas. Malin.

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