Litzic a lu et aimé La divine proportion.

Retrouvez leur chronique ici.

La voici en intégralité :

Nous sommes en France, dans un futur proche. La criminalité a fortement décru suite à la mise en place du Talion, un procédé révolutionnaire ayant valu au Président de multiples réélections, sur la base d’une sécurité retrouvée. Aux États-Unis, la situation a au contraire dégénéré et le pays de la liberté est désormais devenu une dictature dans laquelle les femmes sont pour ainsi dire réduites en esclavage. Elles quittent donc l’Amérique du nord pour l’Europe, en quête d’un espoir de vie meilleure. Mais la réalité est tout autre. Dans La divine proportion, roman à la fois dystopique et thriller, une jeune femme journaliste, Héléna, et un flic proche de la retraite, Lucas, se retrouvent embarqués dans une sordide (le mot est plus que faible) enquête.

Tout commence par un article réclamé par le chef d’Héléna. Il la convie à se rendre dans une ville limitrophe à Paris, dont l’orphelinat va bénéficier d’une subvention. Elle y fera la rencontre d’une fillette prénommée Cerysette, surnom lui ayant été attribué à cause de l’angiome la défigurant en partie. Moquée de ses camarades et du personnel les encadrant, elle touche Héléna qui rédige un article au vitriol. Celui-ci ne tarde pas à faire réagir les lecteurs, mais aussi le ministre. Quelques jours plus tard, Héléna découvre que la fillette a disparu. Elle se rapproche de la police et du commandant Donadio qu’elle va convaincre d’enquêter.

Schémas sociétaux.

Le premier élément qui nous marque à la lecture de La divine proportion, c’est la façon dont les sociétés, à la fois française et Américaine, se sont transformées. L’une est devenue une dictature réduisant ses habitantes à la fonction « d’objets », l’autre un modèle de sécurité. En effet, Le Talion (de la célèbre loi du Talion, œil pour œil, dent pour dent) a permis de réduire la criminalité à un pourcentage proche du zéro absolu. Pour ce faire, rien de plus simple : faire ressentir aux auteurs d’un crime ce qu’a ressenti la victime d’un même type de crime. Relié nerveusement à une machine, le coupable ressentira physiquement la peur, la douleur et toutes les sensations de la victime, et la sanction sera répétée autant de fois que l’exige la loi.

Afin que tout le monde sache ce qu’est le Talion, les élèves de collège y sont contraints, une fois, pendant 5 minutes, afin de se rendre compte de la cruauté du crime et de son châtiment, ce qui, en toute logique, leur coupe l’envie de perpétrer le moindre crime (du moins pour ceux dont le cerveau n’est pas cramé par l’exercice). Le principe, préventif, fait ses preuves, il n’y a plus de criminalité, de violence, et les policiers ne sont plus devenus que des grattes papiers comme dans tant d’autres services administratifs. Pourtant, au fur et à mesure de leur enquête, le couple improbable va découvrir l’horreur absolue.

Ghetto.

Tout est histoire d’humanité dans ce roman de Céline Saint-Charle, dans ce qu’elle a de plus beau et de plus horrible en même temps. L’humanité y est une nouvelle fois bafouée (un principe récurrent de la dystopie), où l’horreur existe sans que jamais quiconque n’en ait la moindre connaissance. Oh, c’est vrai ! certains éléments tendent à démontrer que tout ne va pas bien, mais vous passez aisément outre. La France a évolué en une sorte de paradis où tout tourne rond, où tout le monde semble avoir la conscience tranquille, si ce ne sont ces ghettos accueillant les réfugiées américaines, souvent contraintes à la prostitution et n’ayant finalement pas à se plaindre étant donné que chez elles c’est pire.

Mais loin des préjugés, Héléna et Lucas découvrent une réalité très différente, où une fraternité existe réellement, forte, intelligente, il est vrai dissimulée aux yeux de tous, mais pourtant d’une force incroyable. Les personnages décrits par l’autrice sont à notre image : ils découvrent avec sidération des fonctionnements dont ils étaient loin d’imaginer les rouages, ce qui renforce leur humanité. Les scènes sont d’un réalisme brutal, sans enjolivements d’aucune sorte. Presque à la manière d’un documentaire, nous suivons les pérégrinations du couple d’enquêteurs sur un « système mafieux » (nous le définissons ainsi pour ne rien vous révéler de l’histoire) mais aussi tout un microcosme vivant d’une « économie » parallèle. L’enquête, elle, ne souffre d’aucune lacune, ni au niveau de son contenu, ni au niveau de son rythme. Là où Héléna s’impatiente, nous nous impatientons, là où tout s’accélère notre pouls s’y met au diapason. La tension règne et le fin mot de l’histoire nous tient captif du roman.

Haletant.

L’une des ruses de Céline Saint-Charle consiste à nous faire pénétrer dans La divine proportion en nous en dévoilant un minimum. Nous commençons sur une scène que l’on comprend être un enlèvement, puis la deuxième scène nous embarque aux côtés d’Héléna et de la proposition, forcée, du chef de rédaction d’aller couvrir la remise de la fameuse subvention à l’orphelinat. De là, l’autrice dévoile petit à petit les caractères de ces personnages, fouille leur psychologie, intègre l’ensemble dans un monde dont les codes sont à la fois très éloignés des nôtres (cette dictature des États-Unis évoquant un pays qu’aurait pu être les USA si Trump avait décroché, pourquoi pas, un deuxième mandat), tout en étant très proche de schémas connus (ceux de la « ghettoïsation » de certaines populations).

Cette base, presque totalement réaliste, qui l’est en tout cas sous la plume de Céline Saint-Charle, démontre également la cruauté toute nue de systèmes politiques inhumains. Cela vous échappe forcément, car vous n’avez pas encore lu le livre, mais le ton est, derrière des personnages charismatiques, engagés, parfois drôle, acide, mordant, dénonciateur ce qui fait de La divine proportion un roman plein de sens, d’intelligence. Qui plus est, la plume de Céline Saint-Charle ne se perd jamais dans de vaines explications, reste centrée sur son sujet, ce qui nous embarque à 200% dans cette histoire glaçante où, fort heureusement, l’amour (dans son sens large, celui de l’Homme pour son prochain) n’est jamais très très loin. Haletant et passionnant d’un bout à l’autre.

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