À l’école Pierre Perret, il n’y a qu’une seule cour pour toutes les classes. Elle est immense. Pour éviter les problèmes, monsieur Cailler, le directeur, l’a divisée en deux. Un côté, là où se trouvent les buts de football, est réservé aux CM1 et aux CM2. L’autre, avec les marelles et les deux paniers de basket, accueille le reste des enfants. C’est malin de sa part, car les
grands sont souvent trop brutaux pour les petits.

Myrtille se souvient quand elle était à la maternelle. Avec son copain Barnabé, ils aimaient s’approcher du grillage séparant les deux cours. Ils observaient avec envie les jeux des élèves de l’élémentaire. Eux aussi rêvaient de jouer à la marelle, aux billes ou au ballon. Ils étaient pressés de passer à l’école des grands, à leur tour. Car, quand même, dès qu’on entre au CP, on prouve
aux parents, et au monde entier, qu’on n’est plus un bébé.
Les deux amis ont compris depuis qu’ils se trompaient. Quand on arrive au CP, on fait partie des plus petits. On se sent riquiqui devant les CM2, qui semblent de véritables géants. Tout va trop vite, tout parait trop immense. Ils se sont habitués, évidemment, ils sont au CE1 maintenant. Ce qui ne les empêche pas de lancer des regards de regrets vers la maternelle. Quelquefois, ils aimeraient retourner profiter du grand toboggan et de la maison de bois.
C’était plus agréable de passer les récrés à glisser que de devoir s’écarter du chemin de CM2 qui cavalent en hurlant «poussez-vous, les nains! » Ils sont fatigants, à toujours se prendre pour les rois du monde, à vouloir faire la loi dans la cour. À croire qu’ils ont déjà oublié ce que ça fait d’être petit. Par chance, les maitresses de service guettent et punissent, s’il le faut. Deux à chaque bout et monsieur Cailler souvent au milieu.
Cela peut arriver d’être trop concentré dans son jeu et de culbuter un autre enfant. Mais, la plupart du temps, les grands prennent un malin plaisir à terroriser les petits, en les bousculant. Cela les fait rire, jusqu’à ce qu’une maitresse les envoie se calmer cinq minutes. Là, ça rigole moins! Zou, au coin! Bon débarras.


Heureusement, les CM2 ne se montrent pas tous aussi détestables. Certains sont même très gentils. Ils n’hésitent pas à relever un petit qui est tombé ou à prêter un jouet, le temps d’une récré. Ils ne vont pas jusqu’à les inviter à se joindre à leurs matchs de foot, il ne faut pas rêver! Toutefois, rien que le fait d’être respectés suffit pour que les plus jeunes les trouvent sympathiques.
Martin fait partie de ceux-là. C’est un nouveau, il est arrivé à la rentrée de septembre. Les premiers jours, il était plutôt timide, inquiet. C’est normal, tout le monde se connait depuis des années, Martin craignait de ne pas être accepté. Les autres l’entouraient et le noyaient d’interrogations :
— Comment tu t’appelles ?
— Tu viens d’où ?
— Tu es bon au foot ?
— Tu vas au centre de loisirs le mercredi ?
Toutes ces demandes donnaient le fou rire à
Martin.
— Eh, laissez-moi le temps de répondre, avant de me poser une nouvelle question!


Trois mois après la rentrée, Martin fait partie des élèves les plus appréciés. Tout le monde l’aime bien, les enfants comme les adultes. Les CP n’ont pas peur de lui, Martin n’est jamais violent dans ses jeux. Il prend bien garde à ne pas bousculer les petits. Au contraire, dès qu’il en croise un, il lui raconte une blague. Ou il lui fait un tour de magie, avec les cartes qu’il promène toujours dans sa poche.
La semaine dernière, alors que Myrtille et Barnabé reprenaient leur souffle après une partie de chat perché, Martin s’est approché.
— Vous savez comment font les chasseurs pour
attraper les lapins ?
Les deux amis ont secoué la tête.
— Non, on ne sait pas.
— Ils imitent le cri de la carotte !
Martin a continué son chemin, laissant Myrtille et Barnabé se tordre de rire. Pendant au moins cinq minutes, ils n’ont pas réussi à retrouver leur sérieux, tellement ils gloussaient.
Barnabé rêve secrètement de devenir comme Martin plus tard : drôle, gentil, bon élève et avec des tonnes de copains. Myrtille, elle, se dit qu’elle veut un amoureux dans son genre, un jour. Un garçon qui ne lui tire jamais les nattes, qui ne se moque pas de ses taches de rousseur.
Oui, à n’en pas douter, Martin n’est pas loin d’être parfait!

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