Quand Club Tropicana est sorti, je venais d’avoir 14 ans. Dans ma morne banlieue parisienne, je rêvais d’évasion. Ado solitaire, je ne vivais que de livres et de musique. D’ailleurs, en décembre de la même année (1984), j’ai fait partie des dizaines de milliers de jeunes qui ont déferlé dans les rues de la capitale pour défendre « notre » radio, NRJ.

Tout ça peut sembler incroyable aux jeunes de maintenant, mais, à l’époque, on enregistrait nos titres favoris sur des K7 et on se les passait en boucle. Le piratage version 1.0 en somme ! J’étais l’heureuse propriétaire d’un walkman, énorme, lourd, pas du tout pratique, mais qui me permettait d’avoir toujours de la musique avec moi que ce soit dans le bus, le métro, la rue… Comme elles étaient convoitées les K7 de 90 minutes, plus onéreuses, mais d’une durée plus longue !

Grâce à mon sérieux et après l’obtention haut la main du BEPC (brevet des collèges d’alors), mes parents ont fini par céder à mes demandes, et m’ont accordé un précieux sésame : la zone 1 sur ma carte orange, qui me permettait de me rendre à Paris sans avoir à payer mes tickets. Je n’avais jusqu’alors que les zones 2 et 3, qui ne m’offraient que la banlieue.

Ah, la Fnac Saint-Lazare, et son précieux rayon de maxi 45 tours ! Comme j’en ai arpenté les allées, des mercredis après-midi entiers, à hésiter longuement sur celui que j’allais acheter, pour finir finalement par repartir, invariablement, avec un titre du groupe Wham !

Comment expliquer le bonheur de ces maxi ? Des titres adorés, mais avec quelque chose de plus. Que ce soit Everything she wants ou Last Christmas, ces versions remixées avec quelques paroles supplémentaires étaient source de toutes les convoitises. Il fallait aligner les heures de babysitting pour pouvoir se les offrir.

Le passage en caisse, le regard rivé sur la caissière indifférente, alors que j’avais envie de hurler ma joie d’enfin avoir tel ou tel titre. Le retour en métro et en bus jusqu’à ma banlieue, le sac serré contre le coeur. Et l’écoute du disque, dix, vingt, trente, quarante fois. Jusqu’à ce que ma mère surgisse dans ma chambre en exigeant que je « change de disque ».

J’en prenais soin de mes vinyles, je les nettoyais amoureusement, j’interdisais à quiconque de les toucher. J’avais tellement peur qu’ils se rayent, et de ne plus pouvoir les écouter. D’ailleurs, par mesure de prudence, je m’empressais de les copier sur K7 sitôt achetés.

35 ans après, je les ai encore ces disques, albums ou maxi 45T de Wham ! et George Michael. Et je ne compte pas m’en séparer de sitôt. Je les ai rachetés en CD bien sûr, ainsi que tous les albums suivants. Je les écoute régulièrement.

Je me fichais de savoir s’il était gay ou pas, et je m’en fiche toujours. Il a été, pour paraphraser Kid Cudi, le « soundtrack to my life ».

Je l’ai tellement écouté que chacun de ses titres évoque immanquablement des dizaines d’images personnelles, des bons jours, des mauvais jours, des joies, des chagrins. Il m’a consolée quand j’en avais besoin, m’a fait danser quand j’en avais envie, le premier garçon qui m’a embrassée l’a fait sur Careless Whisper. Grâce à lui, comme une Madeleine de Proust musicale, l’ado que j’étais sera toujours là, quelque part. Même quand je serai centenaire, il suffira que retentissent les premières mesures de Freedom ou Young Guns pour qu’elle revienne, chaussée de Converse, un casque aux embouts de mousse abîmés sur les oreilles, pleine de vie et de rêves, des piles de rechange pour le walkman pesant lourd dans le sac US kaki customisé.

Adieu George Michael, et merci pour ces 35 années de bonheur.

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