Dans l’imaginaire collectif, la fin des années soixante, c’est Woodstock, le peace and love, les Hippies, la libération sexuelle. Nous préférons tous (et c’est logique) garder à l’esprit toutes les avancées positives héritées de cette période bouillonnante et prolifique en changements sociaux et sociétaux.

Nous occultons le moins agréable, le négatif, les événements tragiques.

Je viens de lire un roman, un nouveau gros coup de coeur, qui replace les choses dans leur juste contexte. Il s’agit de Power de Michael Mention. Une fresque coup de poing, à l’image de sa couverture.

Résumé :

« Ici, comme dans les autres ghettos, pas d’artifice à la Marilyn, ni de mythe à la Kennedy. Ici, c’est la réalité. Celle qui macère, mendie et crève. »


1965. Enlisés au Vietnam, les Etats-Unis traversent une crise sans précédent : manifestations, émeutes, explosion des violences policières. Vingt millions d’Afro-Américains sont chaque jour livrés à eux-mêmes, discriminés, harcelés. Après l’assassinat de Malcolm X, la communauté noire se déchire entre la haine et la non-violence prônée par Martin Luther King, quand surgit le Black Panther Party : l’organisation défie l’Amérique raciste, armant ses milliers de militants et subvenant aux besoins des ghettos. Une véritable révolution se profile. Le gouvernement déclare alors la guerre aux Black Panthers, une guerre impitoyable qui va bouleverser les vies de Charlene, jeune militante, Neil, officier de police, et Tyrone, infiltré par le FBI. Personne ne sera épargné, à l’image du pays, happé par le chaos des sixties.

Dans ce presque pavé, l’auteur nous entraîne dans l’histoire des Black Panthers. Sur une période de quatre années, il en explore la genèse, l’âge d’or et le déclin. Roman choral porté par trois individus complètement différents, qui se frottent au mouvement chacun à sa façon, Power surprend d’abord par l’écriture et les choix narratifs. Au lieu de la trame linéaire que l’on trouve généralement dans les romans historiques, et que je préfère d’habitude, Michael Mention fait le choix d’une écriture aussi rythmée et saccadée que celle d’un Ellroy sous acide. Il remplace les longs exposés contextuels par des extraits de discours ou de chansons, qui font le job avec une efficacité troublante. C’est remarquablement bien écrit !

Cela a été ma première surprise.

La seconde raison qui motive ce coup de coeur, après la forme, c’est le fond.

Power mélange brillamment l’Histoire et les destins individuels, transformant Neil, Tyrone et Charlene en papillons avides de lumière se brûlant au soleil puissant des Black Panthers. On les regarde se consumer peu à peu et leur destin prend aux tripes. Ils sont aussi prétexte à rencontrer toutes les grandes figures de ces années mythiques : James Brown, Malcolm X, Bobby Kennedy, Sharon Tate… Et tant d’autres.

Petit à petit, Michael Mention imbrique les événements entre eux, tissant une toile serrée, nous amenant à réaliser à quel point les USA d’aujourd’hui ont été accouchés dans d’atroces souffrances à cette époque-là. Il démontre également avec brio que la violence des groupuscules noirs était la seule réponse possible au racisme ambiant et à une société profondément clivée. En tout cas, ça l’était dans l’esprit des fondateurs du mouvement, puis dans celui de leurs « soldats ».

Power n’est pas pour autant un panégyrique naïf cherchant à convaincre que tout est tout noir ou tout blanc (sans mauvais jeu de mots). Il n’y avait pas d’un côté les gentils noirs et de l’autre les méchants blancs. Il n’y avait que des hommes et des femmes, cherchant leur place, cherchant un équilibre. Michael Mention s’éclate dans les nuances, dans les zones grises, là où les êtres humains s’agitent le plus souvent. Le personnage de Neil trouve toute son importance pour illustrer à quel point il est facile de basculer d’un côté ou de l’autre. Il n’y a pas de moralisation ou de choix imposé par l’auteur. Il livre des faits bruts et nous laisse nous débrouiller avec. Il nous force à nous interroger, à nous questionner.

C’est sans doute là que se trouve toute la qualité du roman : réussir à obliger le lecteur à utiliser son cerveau en lui livrant des coups de poings dans le ventre toutes les trois pages.

J’ai également été conquise par l’omniprésence de la musique (chose que je déteste d’ordinaire), sans doute parce que je suis fan depuis l’enfance de la soul et de la funk. J’entendais sous mon crâne les rythmes et les mélopées dont il est question, ce qui a donné une saveur supplémentaire à ma lecture. Sans doute que pour d’autres lecteurs ne connaissant pas les morceaux en question, l’alchimie se fera moins bien.

Power est un roman puissant, que je relirai sûrement (de préférence en papier, après l’avoir fait dédicacer par l’auteur, que j’espère croiser sur un salon un de ces jours^^).

Merci à Annick du blog Passion lecture pour cette découverte.

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