Dans les interviews, on me demande souvent des anecdotes sur mon parcours de lectrice, sur les livres qui m’ont marquée, qui gardent une importance…

Je suis frustrée à chaque fois de ne pas pouvoir m’étendre sur le sujet. Une interview n’est pas un roman, donc je limite à quelques essentiels. Pourtant, il y aurait tellement de choses à dire !

J’ai donc décidé de publier de temps à autre un billet sur le sujet.

Ce sont Les mystères de Paris d’Eugène Sue qui ouvrent le bal.

Ce serait une grave erreur à mon avis de minimiser l’impact de la télévision ou du cinéma sur la rencontre avec la littérature. Combien de jeunes ados se sont mis à lire après avoir vu Harry Potter ou Game of Thrones ?

J’avais onze ans et étais déjà une grosse consommatrice de livres. Mais également de télévision. J’avalais films et séries, puisque mes parents m’autorisaient à regarder la télé avec eux le soir (bon, pas toujours à bon escient ! Je reste traumatisée par Amityville, vu très très jeune xD).

Une série adaptée d’Eugène Sue est passée et j’ai dévoré les six épisodes avec gourmandise, impatiente de connaître la suite. Il faut dire qu’en s’offrant les services de Vladimir Cosma, la production frappait fort dès le générique. Vous connaissiez cette mélodie ?

Quand le mot « fin » s’est affiché au bout du sixième épisode, j’étais conquise par cette histoire à multiples rebondissements, très loin à l’époque d’en saisir toute la portée sociale. Mes parents m’ayant dit qu’il s’agissait d’un roman au départ, j’ai eu immédiatement envie de le lire. Comme il ne figurait pas dans la bibliothèque familiale, pourtant bien fournie, je me suis alors naturellement tournée vers la bibliothèque municipale.

Là, je me suis trouvée face à un double problème : le livre faisait bien partie du catalogue, mais à la section adultes. Il fallait avoir seize ans pour y accéder. Je reviendrai sur ce point précis dans un billet ultérieur… D’autre part, il n’était plus exposé depuis longtemps dans la partie ouverte au public mais reposait tranquillement dans la réserve, loin des regards.

En effet, il s’agissait d’une édition intégrale très ancienne, illustrée et reliée de cuir, avec les feuillets cousus à la main. Abîmé par les ans et la manipulation peu soigneuse de lecteurs indélicats, le volume commençait à faire triste mine et il avait été décidé de le retirer du prêt. il ressemblait un peu à ça :

Devant mon insistance, la bibliothécaire a accepté de me laisser le parcourir. J’étais aux anges !

Le livre datait du XIXe siècle, peut-être même était-ce une première édition, je ne m’en souviens plus. Le papier craquelait joliment et la typographie de l’époque rivalisait de beauté avec les illustrations intérieures. Dès la première page, je suis tombée en adoration pour l’ouvrage, qui provoquait en moi une forme de respect révérencieux, proche de la mystique (d’ailleurs, la ressemblance de cet ouvrage avec une Bible, aussi bien par la taille monumentale que par l’esthétique est assez drôle a posteriori).

Sans doute que l’employée a vu quelque chose de l’ordre de la vénération dans mes yeux, car elle a accepté de faire une exception, voyant bien que je traiterais le précieux livre avec tout le soin nécessaire. Elle a également commenté de cette phrase que je n’oublierai jamais :

« Un livre c’est fait pour être mis dans les mains de lecteurs qui vont l’aimer, pas pour dormir dans un coin. »

Après moult recommandations, je suis repartie avec, des étoiles dans le regard et du bonheur dans mes sautillements.

Je l’ai dévoré, passant des heures à en admirer les gravures qui émaillaient un texte qui m’enchantait. Les mystères de Paris m’a tout naturellement ensuite menée à Zola, à Dickens et à toute cette littérature alliant avec talent qualité d’écriture et conscience sociale.

Hélas, il a bien fallu que je le rende, mais je l’ai fait avec déchirement. J’ai regardé la bibliothécaire disparaître derrière la porte de la réserve avec le livre sous le bras, impuissante à lui expliquer l’importance qu’il avait pour moi.

J’ignore ce qu’est devenu ce livre précis, s’il continue à croupir dans la pénombre ou s’il a trouvé une place quelque part où on l’apprécie à sa juste valeur.

Mais je peux encore sentir sous mes doigts le toucher du papier, je peux encore sentir l’odeur si particulière, mélange de poussière et de cuir sec.

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