Léo-Paul Julianne, homme d’affaires brillant, retrouve un matin de Janvier sa femme assassinée. Il n’a aucun souvenir, hormis l’irruption sauvage de deux hommes au cours de la nuit, qui l’ont laissé inconscient sur sa terrasse. Mais le cauchemar ne fait que commencer car ses deux enfants de 15 et 3 ans ont disparu. Ne pouvant se résoudre au pire, Léo-Paul va devoir affronter ses pires démons dans une course désespérée au cœur de Lyon, entre mensonges et faux-semblants, quitte à devoir remuer un passé qu’il aurait préféré garder sous silence. Dans cette quête, Georges Verchère, inspecteur de la brigade criminelle, va tout tenter pour faire éclater la vérité et mettre à nu les failles de Léo-Paul.

Je dois avouer avoir eu un gros coup de coeur pour ce polar, que j’ai eu du mal à lâcher.

Sur une trame archi-usée (la course contre la montre pour retrouver deux gamins kidnappés), l’auteur a su créer du neuf et du très bon !

Comment ? Déjà grâce au point de vue narratif. Non seulement on ne se trouve pas du côté des flics, mais de celui de la « victime », mari éploré et père désespérément inquiet. De plus, la narration est en « je », ce qui permet une immersion totale dans l’esprit de Léo-Paul. C’était un pari risqué, assez casse-gueule, Arthur Rogé s’en sort haut la main. Il passe allègrement de passages factuels et dans l’action à des plongées dans les pensées de son personnage. Pensées qui virevoltent, s’entrechoquent, s’emmêlent. L’auteur a très bien rendu la façon dont le cerveau s’emballe en cas de panique et d’angoisse. À aucun moment je n’ai douté de la réalité des réactions et des doutes du personnage.

Englué dans une situation atroce, qu’il ne comprend pas, en proie à un sentiment d’urgence qui ne le quitte pas, Léo-Paul réagit assez normalement, en somme. Cette normalité le rend d’autant plus attachant, on s’identifie rapidement à lui. Certains passages en deviennent physiquement oppressants, tant son cauchemar devient le nôtre. Cette façon de nous livrer ses pensées en temps réel ajoute à la qualité de l’intrigue.

D’une écriture nerveuse et rythmée, Arthur Rogé nous entraîne dans une course effrénée à travers Lyon, soulevant l’un après l’autre les voiles qui dissimulent la vérité. La construction générale de l’intrigue est assez classique, mais suffisamment bien amenée pour ne jamais ennuyer. On pourrait lui reprocher quelques facilités scénaristiques ici et là, un twist final un peu gros. Sans que cela gâche le plaisir global.

Du côté flics, je les ai tous trouvés bien plus crédibles que dans nombre de polars où ils sont soit des alcoolos-dépressifs-misanthropes, soit des genres de super-héros.

Premier roman de l’auteur, première publication d’une toute jeune maison d’édition, Le dernier jour frappe fort, très fort. Bravo ! L’objet livre en lui-même est superbe, le travail éditorial impeccable (je n’ai relevé que trois petites coquilles, alors que de plus grosses maisons d’édition livrent des textes bourrés de fautes).

Qu’il s’agisse d’Arthur Rogé ou des Éditions du Gros Caillou, mon petit doigt me souffle qu’on entendra encore parler d’eux… Et c’est tant mieux. Cela faisait longtemps qu’un polar français ne m’avait autant enthousiasmée.

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