Aujourd’hui, je viens vous parler d’un roman ados / jeunes adultes.

En voici le résumé :

Un road-trip d’une humanité lumineuse qui aborde avec justesse les cicatrices, celles qu’on voit et celles qu’on ne voit pas !

Cassandra et Laly sont «les meilleures cousines». Depuis un an, elles préparent leur grande aventure, au nom de code JUKE VOX, pour fêter la fin du lycée. Une randonnée musicale, juste toutes les deux, pour promener leur voix et leur guitare de village en village sur les routes de France. Mais un évènement traumatisant vient bouleverser tous leurs plans : Cassandra est victime d’un viol pendant les épreuves du bac. Malgré tout, hors de question pour elles d’annuler leur voyage : c’est décidé, elles partent quand même !

Au fil des kilomètres, entre soleil et orages, rencontres et moments de partage, les deux jeunes filles vont apprendre à porter ce drame sur leurs épaules – en plus de leur sac à dos.

Chacune d’entre elle l’apprivoisera à sa manière.

J'ai eu un énorme coup de coeur pour ce roman, dévoré en une poignée d'heures, qui possède toutes les qualités que j'apprécie dans la littérature ados / jeunes adultes. Une écriture impeccable, qui sait se mettre à la portée de son public, sans pour autant bêtifier ou opter pour un niveau bas. Une histoire émouvante mais sans dégouliner de mièvrerie sucrée. Des personnages attachants, complexes, avec leurs défauts jamais occultés. Une véritable profondeur qui invite à la réflexion.

Et pourtant, dieu sait que le sujet était redoutablement risqué ! Parler de viol, la pire atteinte intime, sans tomber dans les pièges habituels, un sacré pari... Pascale Perrier s'en sort haut la main.

Elle choisit de traiter le sujet non pas en faisant s'exprimer la victime, mais sa cousine, offrant par la même occasion une vision rare de l'effet d'un viol sur les proches. Laly alterne entre consternation, besoin d'être utile, patience, agacement, colère, culpabilité... tout un panel d'émotions qui font écho à celles de Cassandra. Laly forme comme un écran entre Cass et le lecteur, afin d'adoucir un peu la violence du propos et garder l'histoire accessible dès le plus jeune âge.

L'autrice n'édulcore rien, ne cache pas les faits, mais elle les expose avec un réalisme teinté de la tendresse entre les deux cousines. Les réactions de Laly au comportement de sa cousine sont des révélateurs très forts du tourbillon dans lequel est plongée Cassandra depuis le viol. On devine, plus qu'on ne sait, les ravages destructeurs de l'évènement sur la psyché encore fragile d'une toute jeune femme. Paradoxalement, cela rend le texte encore plus fort, encore plus profond.

Le road-trip se déroule sous nos yeux, entre rencontres plus ou moins agréables, bercé de musique et de l'espoir entêté de Laly d'enfin libérer la parole de celle qu'elle aime comme une soeur. Les silences et les périphrases des uns et des autres montrent à quel point le viol reste tabou, à quel point il est compliqué d'en parler autrement qu'à mots couverts. Comment aider une victime qui ne sait pas elle-même ce dont elle a besoin ?

Le rapport au corps, aux autres, la façon d'envisager l'existence et l'avenir, les comportements autodestructeurs, la violence, l'incapacité à parler, la froideur de la machine policière... tous les effets du traumatisme sont abordés.

Avec poésie et douceur, Pascale Perrier met en mots l'indicible. Pour autant, elle ne tombe pas dans la guimauve et livre une fin à la mesure de son sujet : pas de happy-end sirupeux, mais la vie qui va comme elle peut.

À mettre entre toutes les mains d'ados, dès 15 ans, filles comme garçons. Surtout garçons.

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